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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/630

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que M. A rose était parti la veille pour aller me rejoindre à Kehl, avec le costume et les mille francs que j’avais demandés pour M. de Persigny. Il avait compris que c’était pour le Prince, afin de le faire évader, et il était accouru à mon secours, au risque de se faire arrêter. J’étais sûre que, ne me trouvant pas à Kehl, il entrerait à Strasbourg, et j’étais pour lui dans des inquiétudes affreuses. Un Italien, ami du Prince, arrêté, devenait pour l’affaire une complication effrayante…


Mercredi 9, après cette affreuse nuit, j’avais besoin de parler de mes tortures à quelqu’un. Je fis appeler M. Cottrau pour qu’il vînt auprès de mon lit ; mais, dans ces cruelles circonstances, son esprit de contradiction se retrouvait partout… Quand je lui parlai de mes angoisses pour ce portefeuille que Virginie cachait, il me répond : « Puisque ce portefeuille a été porté chez ma sœur, la police sait tout ce qu’il y a dedans. » C’était à en étouffer de colère ; aussi, depuis, ne lui parlais-je plus de grand’chose, je rongeais seule mes soucis…

Je me levai pour écrire à papa sous le couvert du Procureur du Roi, à Virginie, pour lui dire que les calomnies que j’avais inconsidérément débitées sur M. Parquin étaient fausses ; que ce n’était pas lui qui était le traître qui avait entraîné le Prince dans ce piège. M. Gottrau prétendait que c’était ce pauvre général Voirol, si loyal et si bon pour le Prince. J’avais pris un vieux tour, et, dans les papillotes que j’y avais mises, j’avais écrit en italien tout ce qui peut faire comprendre à Virginie de brûler le portefeuille. J’avais fait prier M. Aman de venir me parler, et ce fut lui qui écrivit la lettre en allemand à Mlle Hoelvig, à laquelle j’adressais le paquet par l’entremise de leur correspondant à Bâle.

Dans l’après-midi, M. Rheinhard monta chez moi avec une lettre allemande qu’il venait de recevoir de la fille du concierge du Pavillon de la Grande-Duchesse, qui lui annonçait la prochaine arrivée de M. de Persigny, ce qui nous rassurait un peu sur lui. M. Gottrau et M. Rheinhard furent ensemble à Weinfeld, pensant qu’il pouvait y être arrivé, mais pas du tout ; il n’y avait rien de nouveau.