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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/627

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quelque chose, et vous me connaissez assez pour me croire incapable de provoquer des confidences que j’irais reporter ailleurs. S’il m’était bien démontré que vous pourriez courir aucun risque, si l’on apprenait qui vous êtes, je m’adresserais directement à l’autorité compétente pour obtenir la permission de vous porter les consolations d’une vieille et véritable amitié. Jusque-là, n’attendez rien de moi. Je ne crains pas de me compromettre. On sait trop bien quelle est ma manière de voir sur toutes les menées qui tendraient à renverser le seul gouvernement qui convienne à notre pays, mais, je vous le répète, c’est vous et les vôtres que je ne voudrais pas compromettre. Maintenant que je crois m’être bien expliqué sur nos positions réciproques, je puis parler de l’opinion que je me suis faite sur les suites de cette folle entreprise. La vie du jeune Prince n’est pas compromise. La sagesse du Roi comprendra que la France aurait horreur de voir couler le sang à propos d’un événement qui n’a pas eu de suites et dans lequel le sang n’a pas été versé, — et dans lequel, non plus, les jours du monarque n’ont point été directement menacés.

« Il y aura une détention sévère, je le pense au moins, et dont on ne peut maintenant calculer la durée, car on ignore ici l’étendue des ramifications du complot et l’on ne saurait prévoir l’enchaînement des circonstances qui pourraient plus tard influer sur la durée de la détention. Croyez aussi que maintenant il n’y a pas de raisons pour qu’on ne cherche point à adoucir ce que la position d’un jeune homme, dont les manières paraissent fort douces, peut avoir de trop dur. Les vrais coupables, d’ailleurs, ce sont ceux qui ont abusé de son inexpérience, qui lui ont montré la France autre qu’elle n’est réellement, — c’est-à-dire avide de repos et satisfaite de voir régner in homme qui joint le courage à une haute capacité.

« Vous devez trouver que j’ai le cœur bien dur, ma chère amie, de vous faire ainsi l’éloge d’un prince que vous auriez vu, je le crains, détrôner avec plaisir par le vôtre. Je ne le fais, outre ma conviction, que parce que je voudrais faire tomber le bandeau qui vous obscurcit la vue. Je voudrais vous voir employer vos nouvelles convictions à détourner pour toujours les personnes que Vous aimez des illusions qui ont conduit votre malheureux prince dans l’abîme, je voudrais surtout que vous ne puissez nourrir aucun projet romanesque sur l’issue de