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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/621

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moi. Parmi les raisons qu’elle me donnait, la seule qui me touchait, c’est qu’une fois confinée, je ne serais plus bonne à rien, ni à moi, ni aux autres. Cependant, je ne voulais pas partir sans revoir le médecin (le général) et sa femme ou, au moins, sans avoir de leurs nouvelles. L’heure du courrier de Paris était passée, et j’étais sur les charbons de savoir ce qu’il avait apporté. Au lieu d’écouter Sabine, je l’ai renvoyée prendre un abonnement au journal et de là chez le médecin (le général). Les deux heures qu’elle a mises à revenir m’ont paru mortelles, et, lorsqu’elle est revenue, sa figure était si troublée que j’ai cru qu’elle m’apportait quelque mauvaise nouvelle, car, dans l’état de la malade (du Prince), il ne faut nulle émotion. Heureusement, elle va toujours bien. Sabine n’avait pu voir le médecin (le général). Il est tellement occupé de consultations dans son cabinet particulier qu’il n’y pas moyen de l’aborder. Sa femme même ne l’avait pas vu de la journée et n’avait pas reçu mon billet, qui lui avait été remis à lui. Il ne lui avait parlé qu’une minute pour lui dire que je devais partir à l’instant, et Sabine, après avoir jasé des nouvelles du jour, revenait me répéter tout ce que la femme du médecin (le général) savait de ce qui se passait en ville.

Le général, n’ayant rien reçu de Paris, attendait son aide de camp ; jusque-là, les prisonniers avaient été sous sa responsabilité et traités en conséquence, mais le procureur général de la cour de Colmar était arrivé pour instruire l’affaire et s’en était emparé avec toute la sévérité de la justice. Tous les prisonniers étaient au secret. Le Prince, qui avait été transféré à la citadelle dans un appartement au premier du pavillon qui domine la porte de la ville, venait d’être ramené à la prison où il occupe la meilleure chambre, il est vrai, mais triste et grillée, tandis qu’à la citadelle, il avait la distraction de tout le mouvement qui se faisait sous ses fenêtres, par cette seule communication avec la ville. Au moment où le général avait désigné le lieutenant-colonel chargé de la garde de la prison, il lui dit de faire son devoir relativement à la garde du Prince, mais d’avoir pour lui les plus grands égards et, excepté la liberté, de lui donner tout ce qu’il demanderait et de l’en prévenir. Le Prince en a si bien usé que le commissionnaire qu’on a assigné pour ce service en est sur les dents pour satisfaire à ses fantaisies et se réjouit fort de le voir revenu en ville. — Sabine insistait