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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/597

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« feu à volonté, videz les coffres ! » Chaque pièce tira environ une vingtaine de coups, à toute vitesse ; les hommes étaient fous d’excitation, et le capitaine trépignait, s’étranglait : « Plus vite ! plus vite ! » C’était épouvantable ; on n’y voyait plus, on n’entendait plus : les chevaux affolés ne tenaient plus en place ; c’était un instant d’énervement inouï !

Puis, subitement, le silence ! Les pièces brûlantes sont raccrochées et la batterie défile au grand trot. Elle est inutile, maintenant que ses munitions sont épuisées.

Le groupe se rangea le long de la route où vint nous trouver le ravitaillement ; les caissons chargés et les avant-trains complétés, tout le monde s’étendit près des voitures et s’endormit, les oreilles encore bourdonnantes de cette effroyable canonnade.


VI. — FLAINVAL

Le lendemain matin, à l’aube, le groupe se rendit à un nouvel emplacement, à 1 800 mètres au Nord du précédent, face à l’Est. C’était une forte position sur un éperon descendant en pente douce vers la Meurthe tenue par les Français, et en pente rapide du côté de l’ennemi ; à gauche, une petite vallée, où s’allongent les faubourgs de Dombasle. Sur l’autre versant, encore des batteries de 75, soutenues un peu en arrière par de grosses pièces installées dans un fort en construction ; à notre droite, la vallée de Flainval, village perché à mi-côte de notre éperon, commandé par les hauteurs du Léaumont. En nous retournant, nous apercevions, à droite Dombasle, dominée par les deux tours de sa cathédrale ; devant nous, le canal de la Marne au Rhin, doublé d’une voie ferrée ; plus loin, la Meurthe, dont on avait fait sauter le pont lors de la retraite, et que le génie réparait ; puis, les maisons de Rosières-aux-Salines et les hauteurs de la rive gauche de la rivière, notre repli éventuel. A gauche, la vue était bornée par des arbres.

Nos avant-trains étaient placés près de la route, dans les champs, mais non pas sous les arbres, ce qui les fit facilement repérer par les aéros allemands.

Notre ligne d’artillerie s’étendait à droite ; elle était renforcée par une batterie de 120 long, dans le creux suivi par le chemin d’accès de la grande route au sommet de l’éperon, et