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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/589

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adjudant d’infanterie, et on attaque aujourd’hui. La reconnaissance du bois est faite ; nous le traversons vers l’Est et restons arrêtés un bon moment ; on en profite pour croquer un bout de pain et un peu de « singe ; » devant nous, passent les coloniaux, puis, tout à coup, la fusillade crépite, on ne sait au juste où, mais pas très loin : on ne voit rien d’ailleurs. Il doit être alors 8 heures. Bientôt, elle s’éloigne sur notre droite et se ralentit. Nous aussi, nous allons sur la droite, vers Athionville. Près de la roule, deux batteries de 75 en batterie ; elles ont déjà tiré, nous dit-on, sur de l’infanterie allemande à qui ça n’a pas plu du tout.

Faim et soif ; avec beaucoup de parcimonie, on mange une miette de pain accompagnée d’un demi-quart d’eau. Nous restons là près de la route, peut-être deux heures, puis : « A cheval ! » et nous voilà partis, au grand trot, doublant l’artillerie elle-même au trot, traversant comme des fous, en pleine poussière, le village d’Arracourt ; les caissons manquent de nous écraser, cela ne fait rien ; nous avançons toujours, sans savoir où, un peu émus, suffoqués, couverts de sueur, et puis, tout à coup, les reconnaissances d’officiers nous dépassent : on met en batterie.

Un brancard nous croise, porté par quatre hommes ; le blessé est un capitaine d’infanterie ; il parait bien touché, le pauvre ! A des fantassins qui viennent, nous demandons ce qui s’est passé : « Nous avons enlevé ce matin ce petit bois ; quand ils ont vu nos baïonnettes, ils ont pris la fuite. »

Les éclaireurs se rangent derrière un talus bordant la route ; nous devons y être à l’abri, puisque trois blessés s’y sont réfugiés. Et nous restons là. Quelle chaleur ! Nous n’avons plus rien à manger, alors on cause Ziii, ziii, nous voilà tous debout… le cœur bat un peu plus fort… ce n’est pas pour nous ; deux fusans tirés sur les batteries, trop courts et trop hauts ; ils éclatent avec un bruit presque timide (pi..ou..ou ; leurs balles ont beaucoup moins de vitesse que celles de nos obus. Notre première émotion se calme assez vite, car, nous sachant dans l’angle mort, nous nous trouvons ainsi en sécurité ; mais les batteries sont moins abritées et nous craignons pour elles.

Bientôt, les obus tombent plus nombreux ; il est environ 14 heures ; nos troupes sont déployées et la rangée des