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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/586

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vêtemens dans le sauvetage : une aimable Lorraine répara l’accroc.

A 10 heures, abreuvoir ; on prépare la soupe ; elle était presque cuite quand retentit le coup de sifflet du « garde à vous ! » La marmite en l’air, et nous voilà partis, furieux ! Nous allions vers l’Est, par où ? Je ne m’en souviens plus. La marche était rapide et pénible à cause de la chaleur et de la poussière. Vers 14 heures, nous faisons halte dans un champ de trèfle, près du Pulnoy : à notre droite, une hauteur boisée ; à notre gauche, le mont d’Amance et le Pain-de-Sucre. Je me rappelai alors les principes de Marbot et de Goignet, et je me mis à dormir, puisque « qui dort dine. »

On ne bougea pas jusqu’au soir ; cette fois, on eut le temps de faire la soupe et de la manger (avec quel appétit ! ). On allait se préparer à coucher dehors quand arriva l’ordre d’aller cantonner plus loin.

Pendant notre dîner, nous reçûmes la visite d’un de mes camarades de classe, passé à l’artillerie lourde. Il nous apprit la présence de deux batteries de 120, enterrées dans le petit bois sur notre droite, qui avait été puissamment fortifié par le génie, ainsi que les hauteurs sur notre gauche, couronnées, elles aussi, de grosses pièces.

En allant à Seichans, il m’est arrivé un incident qui aurait pu avoir, pour moi et ma jument, des conséquences graves. J’étais à la hauteur de l’attelage de derrière du deuxième caisson quand, dans un tournant brusque, le timon casse ; l’attelage est rejeté violemment sur moi et me force à descendre dans le fossé ; impossible de sauter par-dessus la haie à ma gauche. D’ailleurs, ma jument est tout à coup soulevée, je ne sais comment, et renversée sans que je puisse rien faire pour la retenir ; elle retombe en tête à queue et fait panache sur moi. Je l’évite heureusement en tâchant de l’éloigner le plus possible du caisson qui menaçait de m’écraser et je me dégage rapidement… ; le caisson s’arrête, « à me toucher, » comme disent les marins. J’avais eu de la chance : mon képi perdu et retrouvé, mon lorgnon perdu et retrouvé également, le lendemain, mon sabré tordu, ma jument écorchée sans gravité et moi-même assez contusionné un peu partout. Voilà les seuls dommages de cet accident. Le colonel, qui était présent, m’avait cru tué ! Bref, le timon changé, nous rejoignons le parc, mettons les