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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/575

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compte pas sur moi, mais sur Celui qui vous donnera le courage de mourir : il ne peut me refuser celui de vivre comme vous mourrez.

« Je voudrais vous montrer sa réponse pleine de joie et d’affection. Quelques jours après, il était mort. Peut-on dire mieux la confiance qu’il avait dans sa religion et dans sa femme ?

« Ce que je vous dis là, je ne le dirais pas à tout le monde. Je ne serais peut-être pas comprise. Mais vous, et votre femme vous aurez plus de pitié de moi en sachant le sacrifice que je fais. Je suis quelquefois au moment de le regretter. Mon cœur me fait bien mal. Je sais que vous ne me direz que des choses consolantes, mais les consolations n’empêchent pas de souffrir. »

Faut-il que l’exaltation générale de l’âme élève l’intelligence pour qu’une pauvre femme, qui n’a guère l’habitude d’écrire et ne se pique pas de savoir, trouve une page comme celle-là, belle entre les plus belles et qui fait tout simplement songer à Bossuet !


X

Il y a dans cette étude quelques aperçus sur l’intuition et ses rapports avec l’optimisme qu’il aurait fallu développer. Ce n’est pas le moment, encore que les événemens actuels rendent singulièrement intéressante la philosophie qu’on y entrevoit. D’autres nous donneront cette philosophie, et auront grande qualité pour le faire, avec une documentation, une autorité, une richesse de pensée que nous ne saurions atteindre. Ils l’écriront après l’avoir vécue. Ils prendront la plume après avoir posé le fusil.

Une philosophie n’est digne de ce nom que si elle sort de l’expérience. La guerre qui se poursuit sous nos yeux est la plus extraordinaire des expériences et, comme tout ce qui est humain, c’est une expérience philosophique avec des caractères très originaux. Trois millions de Français sont à la frontière, qui savent tous, depuis le premier jusqu’au dernier, pour quelle raison ils se battent et font le sacrifice de leur vie. Ce n’est ni pour la gloire, ni pour la conquête, ni pour le butin. Ils se dévouent à une idée, l’idée de patrie, la nôtre, qu’ils veulent sauver avec tout ce qu’elle représente dans le passé, le présent et l’avenir.

Parmi ces millions d’hommes ils sont légion ceux qui, chaque, jour, descendent dans leur âme. Ils relèvent leur