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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/568

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son intelligence objective. Il faut de plus ajouter ceci : l’instinct de vie a sur les choses de l’âme, — et il s’agit de l’âme allemande, — de fines, de très fines clairvoyances, celles de Mlle Colette Baudoche, que n’aura jamais l’intelligence claire de M. Asmus.

L’instinct de vie a bien d’autres exigences. Voici venus les jours très dangereux, les jours tragiques que nous vivons, où l’effort se doit mesurer à la grandeur même du péril. Il faut supporter des fatigues sans nombre, des souffrances indicibles, des spectacles d’horreur à rendre fou. Il faut faire bien plus encore, il faut donner sa vie. Oui, l’instinct de vie nous demande cela. Il nous demande de mourir pour que d’autres vivent, pour que la France continue à vivre, une France que nous ne verrons pas. Il nous demande de mourir pour une idée, de courir, de voler à la mort, allègrement, en beauté. Il demande leur vie à des hommes jeunes, une vie pleine de joie, d’amour, d’ambitions, de promesses et de rêves. Ce sacrifice dépasse l’ordinaire mesure, est exactement surhumain, demande des forces surhumaines.

L’optimisme est prêt. Les forces, il les connait. Il les porte avec lui. Il les emploie tous les jours, et si discrètement, nous l’avons vu, que l’intelligence ne se doute de rien : parce qu’elle a conçu clairement une bonne action un peu difficile, elle croit sincèrement l’avoir faite. Mais le temps est passé de cette douce piperie. La mort est menaçante ; il faut la conjurer. L’instinct dit à ses forces : Allez-y, démasquez-vous, découvrez-vous. Laissez couler au grand jour, et à pleins flots, les sources d’où vous sortez. L’intelligence doit s’incliner devant l’exaltation de votre jeu, vous suivre, vous servir. D’elle, je n’accepte plus une démarche, un mot, un sourire, qui vous seraient contraires. Gardien responsable de la vie, je commande. Que l’ironie soit morte. Elle renaîtra bien vite ; aussitôt le danger passé.


VII

L’âme, — et ce mot est entendu ici dans le sens d’activité psychique, sans arrière-pensée métaphysique, — par le fait même de son existence, est en prise directe sur l’univers, dont elle fait partie. C’est une prise directe et continue de l’âme tout entière. Elle ne peut pas ne pas être, puisqu’elle est liée à