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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/555

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C’est alors une marque de la bienveillance de l’âme, peut-être de son égoïsme.

On voit l’optimisme emprunter son caractère aux contingences au milieu desquelles il se développe. Il y a des optimismes professionnels, par exemple celui du médecin. Je vous souhaite un médecin optimiste. Il vous guérira, alors qu’un autre ne le pourrait faire.

Je vous souhaite aussi d’être optimiste si vous tombez malade. Il n’y a que les joyeux qui guérissent, disait Ambroise Paré. Ils guérissent mieux que les autres. Je le constate chaque jour chez les blessés, que dans un hôpital de l’intérieur nous envoie le fracas de la bataille. Le choc se dissipe et les chairs se réparent plus vite, les forces et l’équilibre se rétablissent mieux, si le moral est bon. Parfois une situation, qui semblait désespérée, se relève parce que l’espérance, la divine espérance, maintenait sa petite flamme au fond du cœur. C’est elle qui a fait le prodige.

Il y a un faux optimisme qui doit nous arrêter. Un homme étudie à fond ses entreprises, écarte les obstacles, résout les difficultés préalables, calcule, ordonne, organise, met tous les atouts dans son jeu et se montre assuré du succès. On le déclare optimiste. C’est un abus de langage. Dites qu’il est habile, clairvoyant, documenté, méthodique, scientifique, mais ne parlez pas d’optimisme. Celui-ci n’est de mise que s’il y a de l’aléa. Il faut le risque. C’est que l’optimisme n’est pas une opération de l’esprit qui raisonne. Il vient d’ailleurs, de plus loin et de plus haut, d’une source plus profonde et plus intime. L’intelligence claire le peut aider, et même beaucoup, mais secondairement. Et ceci, qui mérite quelques explications, nous conduit à parler du véritable optimisme, celui dont la France nous donne en ce moment le magnifique et émouvant spectacle.


I

Le premier de tous les optimismes est l’instinct de vie, l’horreur de la mort, la joie, l’orgueil et la volonté de vivre. Il est à la racine même de notre être, où rien ne le précède. Il est dans l’élan mystérieux qui lance sur sa courbe la cellule initiale chargée de tous nos devenirs. Il est l’affirmation superbe que la vie est une bataille à gagner et que nous la gagnerons, que