Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/554

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Notre optimisme


On parle beaucoup d’optimisme dans un temps où il vaut mieux en avoir qu’en parler. En parler cependant n’est pas chose inutile. L’idée, qui se précise dans le verbe intérieur dont elle n’est pas séparable, s’achève et se parfait dans la résonance des mots que la bouche prononce et que la main écrit. Et telle est la vertu de cette résonance qu’elle nous révèle souvent dans l’idée une force et une vertu insoupçonnées.

Parlons donc de l’optimisme pour dégager sa source profonde, sa qualité psychologique, sa signification et son importance. C’est la meilleure manière de le glorifier et aussi de le confirmer chez ceux qui l’ont, de le faire naître chez ceux qui ne l’auraient pas. Nous ne voulons écrire qu’une courte note. La parole n’est en ce moment justifiée que si elle est un acte. Aussi faut-il qu’elle soit brève.

Il y a plusieurs sortes d’optimismes, et d’abord celui des gens chez lesquels il est général et continu. Ils voient tout en rose. Chaque matin, en ouvrant leur fenêtre, ils se réjouissent du temps qu’il fait alors qu’il fâche tout le monde : à la pluie qui noie leur jardin comme à la chaleur qui le brûle, ils trouvent des excuses. Ils sont optimistes de naissance comme on est nerveux ou arthritique. Une santé physique parfaite soutient souvent ce tempérament moral sans être nécessaire. On peut envier cet optimisme, bien qu’il ait des dangers ; mais il met une grande sérénité dans la vie, et c’est, non le tout, mais le principal du bonheur.

Parfois l’optimiste ne l’est que pour les affaires des autres : il se réserve et se montre d’un jugement solide pour les siennes.