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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/547

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russe de quinze ou seize ans, et en a fait présent à des soldats qui se trouvaient sur le quai. En un moment, sous les yeux des témoins soussignés, l’enfant a été dépouillée de tous ses vêtemens et entraînée, absolument nue, jusqu’à un corps de garde voisin. »

A Stettin, c’est une mère qui se voit enlever sa fille : des soldats ivres l’emmènent dans leur caserne, après avoir roué de coups la pauvre mère, qui, ensuite, a dû attendre toute la nuit, jusqu’au lendemain matin, le retour de son enfant. Des voyageurs russes enfermés dans la prison publique de la ville prussienne d’Ostrow rapportent au Matin de Petrograd que, vers minuit, une troupe de soldats préposés à leur garde sont venus choisir parmi eux cinq jeunes femmes, au nombre desquelles se trouvait, notamment, la femme d’un médecin polonais. cette fois, les compatriotes de ces cinq victimes, plus courageux que les compagnes de route du banquier P… ont tâché de leur mieux à empêcher l’horrible attentat qu’ils prévoyaient : mais les soldats allemands les ont à demi assommés, avec les crosses de leurs fusils, si bien qu’ils ont dû se résigner enfin à laisser enlever les cinq jeunes femmes. « C’est seulement à l’aube, tandis que nous gisions presque sans connaissance, que la porte de notre salle s’est entr’ouverte, pour livrer passage à cinq misérables créatures irréparablement souillées… Personne de nous n’osait tourner les yeux vers le coin de la salle d’où nous entendions monter, sans arrêt, de sourds gemissemens. Le cœur nous battait dans la poitrine avec une violence précipitée… » Et quand, plus tard, le lugubre convoi de prisonniers a quitté Ostrow, la même impression douloureuse continuait d’accabler tous les cœurs, à l’exception de ceux des gardiens du convoi, qui, « instruits de ce qui venait d’avoir lieu la nuit précédente, ne se lassaient pas de dévisager cyniquement les cinq pauvres femmes, avec toute sorte de sarcasmes et de réflexions humiliantes. »

Officiers et soldats allemands avaient, d’ailleurs, inventé un moyen presque « légal » d’outrager la pudeur des jeunes femmes russes. Plusieurs fois par jour, sous prétexte de rechercher les « documens secrets » que pouvaient emporter ces dangereuses « espionnes, » ils les obligeaient à se défaire de tous leurs vêtemens. Sur ce point encore, les témoignages sont si