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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/490

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REVUE DES DEUX MONDES.

scrute cette expérience pour en extraire la vérité qu’elle contient, si elle en contient une. Y voir clair dans ma pensée, disais-je tout à l’heure. Ces lucidilés-là sont notre probité, à nous autres hommes d’étude. Ortègue dirait encore, en lisant ces lignes : (( Mais j’y vois très clair, moi, dans votre pensée. Votre père était professeur de philosophie à Montpellier. C’était un métaphysicien frotté à des vitalistes. Votre mère était une catholique pratiquante. Vous prenez pour un problème à résoudre le postulat de vos hérédités ? Primo piirgare. » Mais quel savant a jamais travaillé avec un autre instrument que le cerveau que lui ont fait ses hérédités ? Toute la question est de savoir si le résultat obtenu par cet instrument est valable en soi. Si je rédige ces notes, c’est justement pour mieux distinguer dans cette aventure la part qui m’est personnelle et le résidu positif, indestructible, qui serait le même pour tous les témoins. III

Puisqu’il s’agit de faits, allons droit aux faits, et d’abord à la transformation de cette clinique privée en hôpital auxiliaire, vers le début du mois d’août 1914. Elle fut rapide. Le l^"" août, dès l’affichage de l’ordre de mobilisation, elle était décidée. Le lendemain, Ortègue voyait Moreau-Janville, l’opulent directeur des Forges et Chantiers de La Rochelle. Il avait sauvé la vie au fils de ce potentat de l’industrie, à la suite d’un accident d’automobile et par la plus audacieuse opération de trépan. Moreau-Janville consentit aussitôt à faire les frais de la clinique militaire pendant la durée de la guerre, au nom de la Société métallurgique dont il était le chef. Muni de cette promesse, Ortègue courut au Ministère de la Guerre. Il demande que la maison de la rue Saint-Guillaume soit rattachée au Val-de-Grâce, afin d’y demeurer plus complètement maître. Il l’obtient quelques jours plus tard ; le mercredi 5 août, nous procédions aux modifications nécessaires. Celte netteté dans l’exécution, Ortègue l’apportait à tous les actes, grands ou petits. C’était vraiment un chirurgien, dans le sens complet de ce beau mot, fait de deux autres et si beaux aussi : yti^, la main, spyov, l’œuvre. Pourlui, penser, c’était agir. Il y avait du direct, de l’immédiat dans toute sa personne. Quand il opérait, son maigre visage, encadré dans la gaze du masque, étonnait par l’intensité de