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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/483

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que rendre plus difficile la tâche du gouvernement impérial pour arriver à la solution du conflit avec l’Amérique. »

On ne s’attend pas à ce que nous compatissions aux difficultés que le gouvernement impérial trouve dans l’accomplissement de sa tâche : il les a bien cherchées. D’après les dernières nouvelles, le gouvernement de Washington aurait été discrètement pressenti sur un projet de réponse, qui lui aurait paru inacceptable. L’opinion est de plus en plus excitée en Amérique, du côté des vrais Américains, et encore plus de celui des Allemands. La tentative d’assassinat de l’un de ces derniers contre le sympathique M. Pierpont Morgan n’était pas de nature à calmer les esprits. La réponse allemande commence enfin à être attendue avec impatience et pourquoi n’avouerions-nous pas qu’elle l’est par nous avec le plus vif intérêt ?


Nous avons peu de goût à revenir sur l’interview que le pape Benoît XV a accordée à M. Latapie, d’autant plus que nous n’avons pas grand’chose à changer à ce que nous en avons dit. Cependant, des interviews nouvelles ayant eu lieu, l’une que le cardinal Gasparri a accordée à un rédacteur du Corriere d’Italia, l’autre que le Saint-Père lui-même a accordée à notre distingué confrère, M. Fernand Laudet, ancien secrétaire d’ambassade auprès du Vatican, nous devons prendre et donner acte des intentions qui ont fait parler ces illustres interlocuteurs.

Le cardinal Gasparri, qui n’était pas à Rome au moment où le Pape a reçu M. Latapie, s’est appliquée faire ressortir les invraisemblances de quelques-uns des propos qui ont été prêtés au Saint-Père et les impossibilités de quelques autres et M. Latapie, de son côté, est convenu qu’après une conversation de plus d’une heure, sa mémoire avait pu faillir sur quelques points de détail. Peut-être n’a-t-il pas très bien compris tout ce que le Saint-Père lui a dit et peut-être le Saint-Père lui-même ne s’est-il pas rendu compte tout de suite du sens qui devait être inévitablement donné à des paroles qu’il n’avait pas assez surveillées. On ne s’entend pas toujours très bien du premier coup quand on a vécu dans des atmosphères différentes et qu’on se trouve subitement mis en face l’un de l’autre. La bonne foi de M. Latapie est hors de cause ; il a certainement reproduit une bonne partie de la conversation du Saint-Père ; mais il est à croire que le ton n’a pas été exactement rendu, puisque le Saint-Père ne s’est pas reconnu dans le langage qu’on lui a fait tenir. Il a sans doute senti que les rectifications de Mgr Gasparri n’étaient pas suffisantes, et, voulant y ajouter