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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/481

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sauvegarde des vies et des biens américains et demande des assurances que de telles mesures vont être prises. » Nous avons reproduit textuellement ce passage de la note parce que, en pareille matière, rien ne remplace un texte et que celui-ci est d’une netteté et d’une fermeté qui ne laissent rien à désirer. Il importe peu que la note déclare que le gouvernement américain est toujours prêt à donner ses bons offices pour « essayer d’amener une entente avec le gouvernement anglais en vue de modifier le caractère et les conditions de la guerre navale actuelle. » On sent bien que le gouvernement allemand usera de cette suggestion pour faire une diversion et créer une équivoque ; il y a là, si l’on veut, le point de départ de toute une négociation qui sera peut-être longue et qui le sera même certainement si le gouvernement anglais met entre la question et la réponse le même intervalle que le fait aujourd’hui le gouvernement allemand ; mais tout cela n’empêchera pas la note de M. Wilson d’avoir posé une interrogation catégorique, à laquelle il exigera sans doute une réponse qui ne le sera pas moins. Et, dès lors, on comprend l’embarras de l’Allemagne.

Il est encore augmenté par les divisions qui se sont produites à ce sujet dans le gouvernement impérial lui-même. Le croirait-on ? les ministres allemands polémiquent les uns contre les autres par la voie des journaux et le chancelier de Bethmann-Hollweg, usant de tous les moyens que sa charge met à sa disposition, va même jusqu’à suspendre ceux de son adversaire, qui n’est autre que l’amiral de Tirpitz. Et on nous présente le gouvernement allemand comme un modèle d’unité et d’homogénéité ! Le chancelier et l’amiral sont en plein désaccord sur la guerre maritime. Le premier trouve qu’on est allé trop loin, il propose des adoucissemens, il ne voudrait pas se brouiller avec l’Amérique ; mais le second est pour la continuation des torpillages, il en recommande même une recrudescence. Le coup de feu initial est parti du Berliner Lokal Anzeiger, qui, sous les initiales d’un M. Zimmermann, journaliste officieux, a soutenu la thèse de la chancellerie. Les termes de l’article ont, avouons-le, quelque chose d’imprévu. Le journal affirme, en effet, qu’on ne doit pas faire un reproche aux Américains de vendre des munitions aux Alliés, ni s’indigner du système de blocus inauguré par l’Angleterre, puisque Bismarck a employé autrefois le même procédé contre Paris. C’est bien notre avis, mais il faut que la vérité en soit bien éclatante pour qu’elle illumine en ce moment un journal allemand. La suite n’est pas moins curieuse : « En jugeant, dit-il, la note amé-