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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/478

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tibles de marcher avec nous. Qu’ils marchent donc et le fassent tout de suite s’ils veulent arriver à leurs fins. Et qu’ils aient confiance en nous, c’est-à-dire dans les Alliés. Les promesses faites seront certainement tenues, mais, pour qu’elles le soient, il faut du temps et la victoire. Nous souhaitons pour beaucoup de raisons que le temps soit le plus court possible et l’intervention des États balkaniques est certainement de nature à l’abréger. Mais il faut aussi la victoire : c’est pourquoi nous invitons ces États à y participer. Alors ils auront droit à en profiter : et, pour l’équilibre et la paix des Balkans, nous souhaitons vivement qu’ils le fassent.

Sans parler des Serbes, les Monténégrins leur donnent l’exemple : les premiers ont occupé Elbassan et Tirana et les seconds Saint-Jean de Medua, Alessio, finalement Scutari. Déjà l’Italie avait occupé Valona, et la Grèce quelques territoires albanais. Le royaume du pauvre prince de Wied est bien entamé ! Il devait l’être d’ailleurs, car ce bien sans maître était resté un foyer d’intrigues où l’Autriche continuait les opérations louches qui lui sont habituelles. L’Italie s’est cependant un peu émue de la hardiesse serbe et monténégrine et ses journaux ont rappelé que tout ce qui touche à l’Adriatique est question italienne : rien de définitif ne peut être fait en Albanie sans la participation de Rome. On le sait parfaitement en Serbie et on n’y a aucune intention de conquête. Mais la Serbie, qui est sur le point de faire un nouvel effort contre l’Autriche, pouvait-elle le tenter en laissant sur son flanc et sur ses derrières l’Albanie livrée aux entreprises autrichiennes ? Une opération militaire était de sa part indispensable, soit pour dissiper les bandes en état de formation, soit pour occuper quelques points stratégiques import ans. La Serbie a expliqué qu’elle n’avait pas d’autre intention et que l’avenir était réservé. On s’est quelque peu calmé à Rome, tout en continuant à regarder du côté de l’Albanie d’un œil attentif, un peu anxieux même. Alors a eu lieu l’occupation de Scutari par les Monténégrins. On se souvient qu’ils l’avaient déjà pris une première fois au mois d’avril 1913 : Essad pacha, qui défendait la ville pour le compte de la Turquie, venait de se rendre. Il avait capitulé dans des conditions qui avaient semblé sur le moment assez obscures et qui n’ont pas été éclaircies depuis : c’est un problème que l’histoire résoudra plus tard, s’il lui paraît en valoir la peine. En 1913, il s’en est fallu de peu que la prise de Scutari par les Monténégrins ait mis le feu à l’Europe. L’Autriche devint menaçante : elle déclara ne pas pouvoir accepter