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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/433

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Impressions d’un combattant, notes de route


V. AUTOUR DES TRANCHÉES [1]


Ce matin, le colonel a donné l’ordre de seller à la première heure ; nous avons à peine, le fidèle trompette et moi, le temps d’avaler notre quart de café, et nous voilà partis au grand trot derrière lui. Oh ! ce café auroral, au cantonnement, quel délice, quel bain tonifiant pour l’âme et le corps ! Au sortir de la paille nocturne, les yeux encore tout pleins de brindilles et de rêves évanescens, les côtes un peu engourdies, on aurait quelquefois presque une tendance à être de méchante humeur ; mais le café bout là-bas dans la vieille marmite de campement, assise sur les deux pierres qui flanquent un bon feu de bois sec, et du coup les papillons noirs s’envolent, volatilisés dans la vapeur odorante dont l’arôme arabique caresse nos narines.

Je dois confesser que je n’ai jamais, aux temps où j’installais mon indolence dans les cafés « chic » du boulevard, savouré de moka comparable à celui du soldat en campagne, au bon « jus » que l’homme de corvée passe minutieusement dans un vieux mouchoir usé, au milieu du cercle attentif que font les camarades silencieux, le quart religieusement tendu. Cela vous

  1. Voyez la Revue des 15 septembre et 1er novembre 1914, des 15 mars et 15 juin 1915.