Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/432

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


donné la paix, mais du moins cette activité, ce « divertissement » qui en tiennent lieu, tant bien que mal, pour de pauvres cœurs sans repos. Ses défauts ne l’eussent pas empêchée d’être aimable, et ses qualités auraient brillé d’un vif éclat. Elle eût couru plus de risques, mais mieux appropriés à sa nature. Cette imprudente tendresse de cœur, qui avait quelque chose de trop sensible pour se fixer entièrement dans l’amour divin, eût rencontré peut-être un objet digne d’elle. Et je songe surtout à cet amour-propre « qui voulait toujours se complaire dans son ouvrage : » ce beau don dangereux, qui se tourna dans la vie religieuse en obstacle et en péché, cette paire d’ailes qui l’eût portée très haut dans le monde, et qu’il fallut rogner tous les jours, dans l’humilité du cloître.

Laissons ces rêveries… Une vie nous paraît manquée : mais nous ne la jugeons que dans le plan humain ; ce n’est point là qu’elle s’achève, et qu’elle se révèle. Au reste, une femme qui a vécu dans l’intimité de Fénelon et de Bossuet n’a pas eu une part médiocre, même en ce monde. N’oublions pas non plus qu’elle connut par eux une intimité plus haute, et la joie d’écouter « le maître du dedans, qui instruit bien mieux que ceux du dehors. »


PAUL RENAUDIN.