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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/416

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En 1690, en 1691, ils se voyaient et ne s’écrivaient point. En juin 1692, Fénelon se décharge, au moins partiellement, de cette direction, soit qu’il craignit déjà, comme on l’a dit, d’être compromis par les vivacités de langage de sa pénitente, dans une matière si délicate, où les mots imparfaits trahissent aisément les pensées ; soit qu’il jugeât meilleur pour Mme de la Maisonfort de la mettre sous une autre direction.

« Il faut vous dire sincèrement, madame, ce que je puis et ne puis pas… Ce qu’on appelle être entièrement chargé de votre direction est, ce me semble, une chose impraticable. Il est bon que vous entriez peu à peu dans la voie commune de la communauté, et dans la conduite de votre évêque, qui est très sage et très pieux. Je ne refuse pourtant pas de vous donner, comme ami, des conseils détachés sur les choix de lecture ou d’oraison… Je ne doute point qu’on ne vous permette de voir madame (Guyon) deux ou trois fois l’année, et elle vous élargira le cœur. Je suppose qu’on vous le permettra, pourvu que vous soyez seule à la voir, et que vous ne disiez jamais rien qui puisse faire quelque peine dans la communauté. Je crois voir fort clairement que vous vous inquiétez trop là-dessus. La conduite de M. de Chartres est pleine de précautions nécessaires… »

Affligée, elle essaya de le faire revenir sur sa détermination ; puis elle se soumit, et, humblement, demanda la direction de M. Tiberge, saint et simple prêtre s’il en fut. Le mois suivant Fénelon lui écrit : « Je suis ravi d’apprendre que vous vous apprivoisez à mes sécheresses et à mes duretés. C’est fort bon signe pour vous ; il faut que vous ayez une bonne cuirasse pour résister à de tels coups. »

Il dut continuer à la conseiller ; nous l’avons vu par la lettre où il la blâme de son emportement contre les constitutions nouvelles de la communauté. A la lettre que j’ai citée, Fénelon en ajoute une autre, six jours plus tard, loyale et claire comme la précédente :

« Je voudrais bien, madame [Mme de Maintenon], réparer le mal que j’ai fait à Mme de la Maisonfort. Je comprends que je puis lui en avoir fait beaucoup avec une très bonne intention. Elle m’a paru scrupuleuse, et tournée à se gêner par mille réflexions subtiles et entortillées : ce qui parait nécessaire aux esprits de cette sorte devient fort mauvais dès qu’on le prend de travers, et qu’on ne le prend pas dans toute son étendue.et avec tous ses