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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/415

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la plus haute perfection ; elle trouve que personne ne l’entend ; elle essaye de tout… Elle va trouver M, de Brisacier et fait entre ses mains un vœu de faire toujours ce que dans sa conscience elle croira le plus parfait. Ce vœu est pour un an ; elle m’en a envoyé la formule. Je lui ai répondu qu’elle était en sûreté, faisant ce qu’elle fait avec M. de Brisacier. Cependant, monseigneur, je ne lui aurais pas donné cette permission. C’est une fille qui veut se distinguer, qui n’est nullement capable de démêler ce qui est plus parfait, et qui mettra un jour la perfection à nous contredire, si nous lui paraissons trop indulgentes ; elle a de la vertu, mais l’esprit n’est pas droit. » M. de Chartres répond : « Vous avez fait, madame, selon votre sagesse ordinaire… Mais moi, je la dispense de ce vœu qui ne tend point à un plus grand bien, mais à de graves inconvéniens ; ce vœu est réservé aux Saintes Thérèses… »

Et encore : « Ma sœur de Bouju m’a demandé en grâce de la conduire. C’est une fille qui a beaucoup de vertu, de l’esprit, une prodigieuse mémoire, de la candeur, de la simplicité, un esprit vraiment religieux ; enfin un sujet à soutenir tout le bien qu’on établit ici, pourvu qu’on la calme, qu’on amortisse cette extraordinaire vivacité, ce torrent de pensées et de paroles, cette légèreté de dire tout ce qui lui vient dans l’esprit, et pour vous donner quelque connaissance de son caractère, quelque conformité avec Mme de la Maisonfort… » M. de Chartres répond : « J’ai déjà reconnu qu’elle est capable de s’enivrer de son propre vin, comme ma sœur de Veilhan. Formez-la beaucoup à la simplicité évangélique… »

Mme de Maintenon continue : « Ces deux exemples nous font craindre les visions, les singularités, les consultations, et bien des inconvéniens que vous connaîtrez mieux que nous… Je voudrais une piété solide, simple, droite… Je m’oppose aussi à de petites unions pour la piété qui commencent par dévotion, et qui deviendraient des cabales, ou du moins des singularités. » Et M. de Chartres approuve cette sagesse : « C’est là l’esprit de votre maison ; tout le reste est sujet à l’illusion et à d’étranges tromperies. »


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Ce que fut la direction de Fénelon pour Mme de la Maisonfort, nous ne le savons pas, hélas ! par une correspondance suivie.