Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/392

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le blé ne nous manquera pas ; la récolte future sera bonne, à moins que des circonstances atmosphériques imprévues ne viennent la réduire ou la compromettre, et il en sera de même, à coup sûr, pour les autres céréales, dont l’utilité n’est pas moins grande à tous les points de vue.

Sans doute, une hausse de prix s’est produite. Elle est la conséquence d’une crise politique sans précédens et de circonstances spéciales que nous avons indiquées, bien plus que de l’insuffisance réelle de notre production. C’est cela qu’il faut bien comprendre, sans éprouver des craintes, sans jeter l’alarme au lieu d’attendre, d’observer et de s’informer. Déjà les nouvelles les plus rassurantes nous parviennent du dehors. Le producteur étranger a trop bien compris l’utilité et l’opportunité de son intervention pour ne pas avoir redoublé de prévoyance et d’efforts en vue de multiplier ses offres et d’assurer, au besoin, notre approvisionnement. Les disponibilités annoncées sur les marchés du monde limiteront la hausse, qui était inévitable.

Il importe, en revanche, que des mesures imprudentes et arbitraires ne découragent pas l’agriculteur, le commerçant et l’industriel. L’État ne dispose pas souverainement des prix ; il les subit sans les régler, puisqu’il est incapable d’abolir les causes qui les élèvent ou les abaissent. On l’a dit avec raison : « Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient. » En taxant le blé après l’avoir réquisitionné, en taxant la farine, en substituant à la prévoyance avertie de milliers de commerçans et d’industriels la bonne volonté insuffisante ou l’arbitraire déplorable de ses agens, l’État provoque une crise et crée un danger. Il va peut-être jeter partout l’alarme, au lieu de rassurer les esprits et de ramener la confiance que personne n’aurait dû perdre.

Nous savons, par expérience, quel est le résultat des interventions révolutionnaires de l’Etat dans le domaine économique. Les déplorables effets des lois de « maximum » ne sont-ils pas connus, et n’est-ce pas la Convention elle-même qui a pris soin d’en apprécier le mérite, en les détestant publiquement et en confessant ses erreurs ?

C’est dans le même esprit et avec le même calme qu’il faut envisager la question de la viande et observer l’élévation de son prix. Il est clair que notre consommation dépasse la moyenne et que nous avons réduit les effectifs de notre troupeau, les