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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/374

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LE MONOPOLE D’ÉTAT DU COMMERCE DES BLÉS ET LA FIXATION ARBITRAIRE DES PRIX

L’État se propose de monopoliser le commerce des blés, dans un double but : il prétend déjouer les manœuvres de la spéculation et assurer ainsi à la population le bénéfice du bon marché résultant d’une taxation arbitraire des prix.

A la vérité, nous ne sommes nullement surpris d’entendre parler une fois de plus de la spéculation.

On s’est servi autrefois, il y a quinze ou vingt ans, de cet argument pour expliquer la baisse « désastreuse » des prix et pour exiger la suppression des marchés à terme dans les Bourses de commerce. Le législateur, à cette époque, en pleine crise agricole, prétendait relever les prix et défendre les intérêts du producteur rural. Le spéculateur et l’accapareur de 1895 et 1897 provoquaient, disait-on, « l’avilissement » des cours et ruinaient l’agriculture !

Les vertus de la spéculation sont merveilleuses, en vérité, et son pouvoir n’a pas de bornes, puisqu’elle est capable de provoquer le renchérissement après avoir autrefois « décrété » la baisse.

Un de nos confrères, M. Sagnier, fait remarquer à ce propos, dans le Journal d’agriculture pratique, qu’il est bien difficile d’admettre la possibilité d’accaparemens, puisque l’état de guerre donne au gouvernement la faculté de réquisition à l’égard de ceux qui voudraient s’y livrer.

« Cette épée de Damoclès, ajoute-t-il, suffirait pour arrêter des tentatives de ce genre, s’il venait à s’en produire. » C’est l’évidence même, mais toutes- les fois que l’on a voulu flatter les préjugés ou les passions de la foule, on a parlé des agioteurs, des accapareurs, ou des spéculateurs.

Lorsque la Convention nationale discutait les projets de décrets relatifs au « maximum » des grains et à la taxation arbitraire du blé en particulier, on parlait aussi des dangers de la spéculation.

« Mettre en question si l’on établira un « maximum, » disait Thirion, c’est mettre en question si l’on mettra un frein à l’avarice et à la cupidité des riches accapareurs. Il faut que nous