Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/368

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pain su même prix. Ce prix était fort modéré. Pour le froment, il n’a guère dépassé 28 francs par quintal depuis le mois d’août jusqu’à la fin de décembre et ce cours restait inférieur à celui que l’on avait constaté en pleine paix, quelques années auparavant, en 1911 et 1912 par exemple.

Nulle inquiétude ne venait troubler les opérations du commerce libre, en dépit des difficultés de transport. Les battages de céréales étaient opérés régulièrement, et nos réserves, nous l’avons prouvé, étaient largement suffisantes.

Brusquement, à partir de janvier 1915, les cours du blé augmentent à l’étranger, à New-York surtout. Ils ont exactement doublé sur cette place si l’on compare la cote de juillet 1914 à celle de février 1915. A Buenos-Ayres la hausse est considérable sans atteindre les mêmes proportions, et aussitôt le marché français subit cette influence en vertu de la loi de solidarité nécessaire dont nous avons toujours observé les effets. Commerçans et cultivateurs n’entendent pas dès lors céder an même prix une marchandise dont le cours s’élève en dehors de nos frontières et dont il faudra bientôt acheter de notables quantités pour compléter la production nationale.

« Ce sont là, nous dira-t-on, des prétentions excessives ou des manœuvres coupables. Le blé produit à bon marché avant la guerre devrait être vendu aux prix ordinaires, et les commerçans qui ont acheté des stocks à 28 francs par quintal ne sauraient avoir le droit de les revendre au cours de 32 francs parce que la cote étrangère a monté dans l’intervalle. Le public ne doit pas être victime de l’avidité du laboureur ou des spéculations du négociant ! »

Ce raisonnement est sans valeur. Une réflexion bien simple nous prouvera que l’agriculteur n’est pas plus coupable que le commerçant. Si l’un et l’autre ne devaient pas profiter d’une hausse, ils ne devraient pas non plus souffrir d’une baisse et vendre bon marché ce qu’ils ont produit avec une forte dépense ou acheté à des cours élevés. A-t-on jamais songé pourtant à indemniser le laboureur qui est victime d’une baisse imprévue de la cote, ou à venir au secours du négociant ruiné par quelque brusque dépression des prix ? Evidemment non ! Il est donc légitime autant que raisonnable de laisser des compensations se produire, et de souffrir aujourd’hui que l’agriculteur et son auxiliaire commercial bénéficient tous deux