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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/366

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encore des moissons. Les désastres à tout le moins seront limités ou conjurés, et ce serait bien mal connaître le courage du paysan français, — comme celui de la paysanne française, — que d’annoncer la disette et de prévoir la stérilité de nos guérets délaissés. »

Etions-nous trop optimistes ? Il nous faudrait le reconnaître si nous devions accueillir sans réserves et sans protestations les inquiétudes qui se manifestent. Un ministre a parlé récemment du déficit probable de notre récolte de froment et de la hausse inévitable du pain. Pour prévenir cette élévation de prix, l’Etat compte faire des achats de blé à l’étranger. Bien mieux, les pouvoirs publics sollicitent du Parlement l’autorisation de réquisitionner les grains partout où ils se trouvent et d’en fixer la valeur au taux qu’ils jugeraient capable de satisfaire les consommateurs sans nuire trop ouvertement aux intérêts du producteur agricole.

On parle de la diminution rapide des effectifs de notre troupeau et l’on songe à confier encore à l’État le soin de limiter ces pertes en opérant à l’étranger d’énormes achats de bétail, de viandes conservées, congelées ou refroidies ! La hausse des prix justifie, dit-on, ces mesures, mais celles-ci, à leur tour, ne peuvent manquer de provoquer un renchérissement que des craintes ouvertement exprimées ont pour effet d’exagérer.

Sans avoir la prétention d’être prophète, il est bien permis de tirer une conclusion des faits soigneusement et impartialement étudiés.

Nous ne croyons pas que les ressources alimentaires de la France soient devenues, ou puissent devenir d’ici peu, insuffisantes ; nous ne croyons pas davantage que des mesures révolutionnaires comme les réquisitions de denrées, et la fixation arbitraire de leur prix, soient nécessaires ou même utiles. C’est cela que nous voudrions dire aujourd’hui en étudiant plus spécialement les deux problèmes qui se rapportent à la production du blé et à celle de la viande.


LA QUESTION DU BLÉ

Nous savons, aussi exactement que possible, quelle a été l’importance de notre moisson en 1914 ; Les chiffres officiels qui