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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/363

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sillage de réconfort moral ; le : « Il y avait la France ! » du Duc d’Aumale à Bazaine ; le cri de Gambetta sur la revanche et l’Alsace-Lorraine : « N’en parler jamais, y penser toujours ! » cette parole du testament de Jules Ferry, gravée sur son monument à Saint-Dié : « Je désire reposer dans la même tombe que mon père et ma sœur, en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur fidèle la plainte des vaincus. » Et comment oublier le mot de Paul Déroulède : « Républicains, bonapartistes, légitimistes, orléanistes, ce ne sont là chez nous que des prénoms ; c’est patriote qui est le nom de famille ? »

Enfin, voici venir l’heure fatidique, l’heure du destin ; nous sommes provoqués, attaqués, nous nous défendrons jusqu’au bout ; la France se dresse, unanime, pour venger son honneur et réparer l’injure. La séance du 4 août 1914 à la Chambre des députés, au Sénat, est un des plus beaux mouvemens de notre histoire, de l’histoire du monde ; les membres du Parlement, interprètes fidèles de la France, oublient leurs querelles, leurs rivalités douloureuses, acclament le gouvernement, lui confèrent pleins pouvoirs, votent à l’unanimité les crédits demandés. Le pays entier n’a plus qu’une âme, « la même âme, à Marseille et à Dunkerque, à Bordeaux et à Nancy, dit éloquemment M. Lavisse ; toutes les Frances, France des Croisades, France de Bouvines, France de Rocroi, France de Valmy, France d’Austerlitz, France de la fleur de lys et du drapeau blanc, France de l’aigle ou du coq et du drapeau tricolore, France du bonnet phrygien et du drapeau rouge, mêlées, confondues. Oui, merveille à en pleurer de joie et d’orgueil… »

Et ce fut comme une succession de miracles historiques : cette folie mégalomane des hommes d’Etat et diplomates allemands, qui les conduit à violer toutes les lois divines et humaines, à multiplier leurs ennemis, à ameuter contre eux l’opinion publique mondiale, à ignorer grossièrement les forces morales, « les impondérables ; » — le prodige de la mobilisation préparée, accomplie par notre état-major ; nos généraux, nos officiers, nos soldats, pénétrés de la grandeur de leur tâche, considérant leurs devoirs comme une fonction civique et acquérant en quelques mois la solidité, l’endurance des légionnaires romains, des armées de métier, aussi étonnans, aussi ingénieux dans la défensive que, dans l’offensive, dans la tactique que dans la stratégie, dans la guerre de tranchées que sur les champs