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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/274

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fut de demander un bâtiment de guerre pour faire expédier ma correspondance et un petit paquebot de la Compagnie, adapté au service du ministère de la Guerre et transformé en porte-torpilles, l’Argonaute, me fut envoyé pour entretenir les communications. J’attendais nommément les dernières instructions et la note de rupture. J’expédiai donc l’Argonaute à Odessa le jeudi de Pâques avec mes dernières dépêches. Il devait repartir le samedi et m’apporter pour le matin de mon départ les pièces que j’attendais.

Sur ces entrefaites, le gouvernement anglais, changeant encore une fois d’attitude, se remit du côté des Turcs et envoya le premier, après l’échec de la Conférence, un ambassadeur à Constantinople. Ce fut sir Austin Layard, ministre à Madrid, homme remuant et peu commode. Palmerston, qu’il ennuyait pour avoir des firmans pour les fouilles autour du Ninive dont il avait mis à jour les ruines, avait dit qu’il ne pardonnerait jamais à Ninive d’avoir découvert Layard. Il arriva deux jours avant mon départ. J’allai le voir sans le trouver, il était souffrant, mais je le vis le jour même de la rupture. Un autre changement dans le corps diplomatique fut l’arrivée comme chargé d’affaires du conseiller allemand, comte Radolinsky, qui était provisoirement remplacé par le docteur Busch, avec lequel je me mis aussitôt en rapports pour lui confier, à la rupture, nos intérêts.

J’arrive à la narration des événemens des derniers jours qui précédèrent cette rupture et de la rupture elle-même, journées remplies des plus émouvans souvenirs de mon existence, qui n’était pourtant pas dépourvue d’émotions politiques.

Depuis le départ des ambassadeurs, resté chargé d’affaires avec un assez grand personnel d’ambassade, j’avais engagé le meilleur cuisinier qui fut resté sans emploi à la suite de la fermeture de tant de maisons diplomatiques, et, faute d’autres distractions, je réunissais chez moi, les samedis, les collègues et quelques autres personnes à diner. Le soir, on faisait de la musique, on se livrait au jeu du bridge, on se communiquait les impressions politiques qui offraient toujours un riche sujet d’entretien. Le samedi, 9 avril, avant-veille du départ, j’avais, comme de coutume, plusieurs personnes à diner. On fit la partie et on se sépara vers minuit en se donnant rendez-vous pour le samedi suivant. Cependant, à l’Ambassade, tous les