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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/262

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combinés avec l’ambassadeur, qui m’en avait donné le canevas, et dont d’autres étaient tout de mon cru, et hautement adoptés et approuvés par mon chef, ont alors été très favorablement appréciés.

La marche de la Conférence consistait à préparer un plan de réformes pour la Bulgarie, la Bosnie et l’Herzégovine d’un côté, et des bases de paix avec le Monténégro et la Serbie de l’autre. Lorsque ce travail fut achevé (la Bulgarie y était partagée verticalement en deux provinces autonomes et il était question de mettre à la tête des étrangers, entre autres, le général belge Brialmont), on le soumit en séance plénière aux Turcs. Sur les observations qu’ils firent, quelques modifications furent introduites ; on rédigea ce qui fut appelé un « minimum irréductible » des exigences et on demanda à la Porte d’y adhérer. Comme toujours, les Turcs ne disaient pas ouvertement non, » ils tournaient la question, promettaient des contre-projets, expliquaient que toutes les provinces de l’Empire avaient besoin de réformes auxquelles on travaillait. Ils vinrent un jour communiquer à la Conférence les bases de la constitution que le Sultan allait proclamer et qui, soi-disant, renfermait toutes les garanties de bien-être, pour les Chrétiens comme pour les Musulmans, que les grandes Puissances pouvaient désirer. Les plénipotentiaires, poussés surtout par Ignatieff, déclarèrent ne pas pouvoir prendre note de cette constitution sur papier dont l’Europe ne surveillerait pas l’exécution. » Ils demandèrent que les garanties pour les Chrétiens fussent mises sous la sauvegarde des représentans étrangers. Les Turcs refusèrent. Une dernière sommation leur fut faite : les ambassadeurs menacèrent en cas de refus de rompre les relations politiques et de partir. Sur un nouveau refus de la Porte, les six représentans quittèrent, les 14 et 15 janvier, Constantinople en remettant les affaires courantes aux chargés d’affaires. Le général Ignatieff manœuvra de façon à partir un des derniers pour qu’aucun des représentans ne restât à négocier avec la Porte. L’obstination de celle-ci était due, il faut le supposer, en grande partie à des encouragemens secrets qu’elle recevait probablement d’Elliot. Mais il y avait, outre cela, une confiance et un tel sentiment d’enthousiasme qui s’était emparé des Turcs, que les ministres étaient obligés de tenir compte de ces dispositions de l’opinion publique. La constitution était proclamée ; on attendait la