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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/247

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Le premier acte de cet accord des Puissances devait être la demande d’un armistice à la Porte. Le général arriva a Constantinople dans les premiers jours d’octobre. Il commença par demander à être reçu par le nouveau Sultan auquel il remit en audience solennelle ses lettres de créance. J’y vis pour la première fois Abdul Hamid. Il ne portait pas encore de barbe, avait l’air horriblement embarrassé et presque effrayé. Il se tenait dans un petit salon et, entre lui et Ignatieff, il y avait une table, comme s’il voulait pouvoir se défendre contre une attaque possible du terrible général.

Ignatieff eut en même temps une conférence avec ses collègues et une demande formelle d’armistice avec la Serbie et le Montenegro fut adressée à la Porte au nom des six grandes Puissances. Fort de ses succès et comptant sur l’appui ou du moins les sympathies de l’Angleterre, le gouvernement ottoman refusa. Alors notre ambassadeur reçut l’ordre d’adresser à la Porte un ultimatum pour exiger l’armistice, et, en cas de nouveau refus, de rompre les relations et de quitter Constantinople.

Je crois que c’est le 19 octobre que l’ultimatum fut adressé à la Porte et quarante-huit heures lui furent assignées pour répondre. Nous prenions, en attendant, toutes nos mesures pour pouvoir partir. J’avais préparé toutes les notes de rupture, qui m’ont servi six mois plus tard à moi-même. Mme Ignatieff alla en ville lever l’hôpital et préparer l’expédition en Russie des sœurs de charité. Un bateau de notre compagnie était à l’ancre devant Buyukdéré et on y transportait une partie des archives et des effets de l’ambassadeur emballés à la hâte à Péra. La première journée s’était passée sans que nous eussions aucune nouvelle. Durant la seconde on savait que des conseils se succédaient au Palais et à la Porte, et que l’ambassadeur d’Angleterre était allé à Péra. Le soir de ce second jour devait, nous disait-on, venir la réponse. Le général avait cependant prévenu ses collègues que, s’il ne la recevait pas, il partirait, et quelques-uns d’entre eux, ceux qui étaient encore restés sur le Bosphore (la plupart avait déjà déménagé en ville), vinrent passer la soirée à l’Ambassade. Parmi eux se trouvaient les Elliot. L’ambassadeur d’Angleterre assurait Ignatieff que la Porte était résolue à céder, que l’on rédigeait la note en réponse et qu’elle devait nous être remise le soir même. La nuit était noire et on