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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/21

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MIN0LA.1 n

Souvent, enfouissant sa blonde tête dans la crinière argentée, collant sa petite bouche à l’oreille de Moona, elle murmurait une litanie de noms caressans qui lui venaient à l’esprit : « Douce fleur de lune, » « Lumière de ma vie, » « De’sir de mon cœur, » Rêve de mon âme, » « Joie de Reine solitaire. » Elle l’appelait aussi « Fleur de l’Océan, » « Feu follet, » et mille autres noms qui jaillissaient de ses lèvres, dans la joie exultante de son petit cœur inassouvi.

Le cheval ignorait la fatigue ; pour lui, nul obstacle infranchissable, nulle allure au-dessus de ses forces et tous ses mouvemens étaient souples, aisés, si agiles, si rythmés, qu’il semblait, en le montant, qu’au lieu de toucher la terre solide, on planait dans l’espace, porté sur de grandes ailes ; et, chose singulière, incroyable presque et vraie pourtant, l’animal magique pouvait passer dans la poussière et dans la fange sans que jamais la pureté de sa robe en fût souillée ou même ternie.

Pas de spectacle plus charmant que de voir le cheval magique, avec son gracieux fardeau, paraître et disparaître comme un feu follet aux alentours du palais.

Et les pauvres gens des environs de se signer pieusement, comme à la vue d’une apparition surnaturelle. A l’aventure, suivaient, en haletant, les dames vêtues de couleurs joyeuses, accompagnées des gentilshommes chamarrés et de petits pages agiles, dont les boucles d’or s’envolaient au vent, comme une jonchée de feuilles en automne ; mais nul destrier ne pouvait rivaliser de vitesse avec Moona, et souvent la malicieuse petite Reine riait aux éclats des efforts inutiles de ceux qui essayaient de l’atteindre dans sa course échevelée.

Une singulière aventure arriva, un jour, à Minola, et sa joie en fut troublée : sa monture magique l’avait emportée avec une telle fougue à travers champs et clairières qu’elle avait perdu de vue ses compagnons, et elle se trouva soudain dans un endroit étrange, mystérieux, où certainement elle n’avait jamais pénétré.

C’était une vaste plaine couverte d’une abondante floraison de gigantesques pavots blancs qui s’agitaient étrangement.’ Au-dessus de leur calice flottait une poussière impalpable comme un fin voile d’argent qui prenait les formes fantastiques d’une TOME XXVIII. — 1915. 8