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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/199

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service de l’Allemagne impériale, au respect de la personne et de l’autorité impériales, devenait indispensable à la prospérité, comme à l’obéissance de l’Allemagne et de son Peuple, a la tranquillité de ses Princes, à la toute-puissance de son Empereur. Il était constant d’autre part, — et personne en Allemagne n’en faisait le moindre doute, et il ne manquait pas au dehors d’hommes libres que ployait déjà la même conviction, — il était constant que l’Europe et l’humanité, abandonnées à leur caprice, étaient incapables de s’organiser et de s’instruire et qu’il leur fallait l’initiation plénière à la Kultur, la soumission complète à la Disziplin. Culture et discipline sont choses latines qui, depuis des siècles, par les Latins, sont devenues l’apanage du genre humain. Mais Disziplin et Kultur sont le propre de l’Allemagne et la clef des temps futurs : sans elles, pas de progrès, pas de bonheur, pas de salut pour le monde.

Qu’était la Weltpolitik, sinon l’offre et l’imposition de la mainbour prussienne à toute l’humanité pour l’assurance des bénéfices que l’Empereur devait à sa fidèle Allemagne ?

Aussi longtemps que Guillaume II espéra que ses grâces, ses sourires, ses exhortations et son prestige amèneraient les hommes blancs à une intelligence réelle de la situation et courberaient sous sa mainbour l’Europe, puis l’humanité librement soumises, empressées, reconnaissantes, il fut le plus bruyant, mais le moins aventureux des Chefs de guerre : cela dura quatorze années environ (1890-1904). Quand il constata que la rébellion française, l’ingratitude anglaise et la barbarie russe osaient prendre quelques précautions pour sauvegarder une liberté dont Paris, Londres et Pétersbourg faisaient un si mauvais usage, il crut que la première menace abattrait le fol orgueil de ces « infidèles » et leurs menées impies. Contre ces suppôts de Satan, il choisit Tanger pour Sinaï et lança les foudres de son éloquence (mars 1905). Mais, sur mer, les foudres et les poudres sont parfois mouillées. Le discours de Tanger rata-

Il s’y reprit une première fois en 1907, une seconde fois en 1909, une troisième en 1911 : chaque fois que nos imprudences marocaines lui en donnaient l’occasion, il remettait son tonnerre en branle, avec cette insistance qui, sur son peuple, pouvait être une habileté, mais qui n’avait d’autre résultat sur les hommes libres que de les vacciner de plus en plus contre le respect et contre la crainte. Chaque fois, il était,