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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/194

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temps de menées socialistes, je vous ordonne de tirer sur vos proches, vos frères, vos père et mère, — que Dieu nous l’épargne ! — mais sachez que même alors ce sont Mes ordres qu’il faudra exécuter sans murmure… Dieu et Moi nous avons entendu votre serment de fidélité à votre Chef de guerre. N’oubliez pas la sainteté de ce serment et conservez à ce Chef suprême une fidélité dont s’honoraient déjà les plus anciens Germains. »

C’est bien là, en effet, une régression vers la plus ancienne Germanie, un renouveau de ces accommodations germaniques, qui, par le serment mérovingien et carolingien, tirèrent de l’empire romain, de la res publica juridique, l’empire féodal d’autrefois, l’Etat fondé, non sur la loi commune à tous et consentie par tous, mais sur l’ « hommage, » sur la dépendance personnelle, sur le lien particulier d’homme à homme. Dans l’esprit de Guillaume II comme dans celui d’un Conrad ou d’un Otton, ce n’est pas l’Etat qui a des participans, serviteurs et bénéficiaires tout ensemble ; c’est le Chef qui a ses gens, associés, subordonnés, amis, Meine Soldaten, Meine Kamaraden ; on disait aux temps carolingiens : miles noster, comes noster.

Le premier devoir des sujets est donc de considérer « que le terrible fardeau de responsabilités que le roi porte pour son peuple, lui donne un droit à la fidèle collaboration de tous. » (19 novembre 1899.) Mais cette collaboration fidèle, les sujets ne peuvent la donner véritablement que par leur obéissance absolue : la liberté bien entendue ne saurait être autre chose que cette soumission entière à l’élu de Dieu. « Liberté de penser, liberté de culte et de prosélytisme religieux, liberté de recherche scientifique, voilà les libertés que je souhaite pour le peuple allemand et qu’à tout prix je veux lui acquérir ; mais la liberté pour chacun de se mal conduire suivant son caprice, non ! » (28 novembre 1902.)

L’Allemagne, sous ce libre empire de Guillaume II, est comme l’humanité « sous le libre ciel de Dieu : » c’est d’en haut qu’elle doit attendre la règle permanente et la lumière quotidienne ; c’est d’en haut que, tour à tour, tombent sur elle les aurores et les orages, les bénédictions et les colères, les faveurs et les châtimens ; on fait sur sa tête le beau temps et la pluie ; elle n’a qu’à accepter l’une et l’autre et à considérer que