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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/192

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Seigneur Empereur ni s’opposer à ce qui est de son service, ni aller à l’encontre de sa volonté ou de ses ordres, ni lui refuser l’impôt ou tout ce qui lui est dû… »

« Voilà, dit Fustel de Coulanges, des obligations fort diverses et fort étendues : elles sont toutes comprises dans ce que l’on appelle la fidélité au roi ; tous les sujets jurent de les remplir, La conséquence est que tous les sujets deviennent des fidèles. Or, ce mot désignant aussi tous ceux qui avaient foi dans le Christ, les chrétiens, il en résulta que les deux expressions s’associèrent en une formule où se confondaient la fidélité à Dieu et la fidélité au roi, et le roi adressa ses diplômes à tous les fidèles de la Sainte Église et de nous… » Pareil serment obligeait tous les fidèles à une sujétion sans réserve, et non pas seulement à cette sujétion négative, telle que les sociétés modernes la comprennent et qui consiste à ne pas violer les lois du pays, mais à une sujétion effective qui soumettait tous les actes, toutes les pensées du peuple à la volonté du prince, à son signe de tête, se principis nu tut subdere : sujétion de l’âme autant que du corps, de la conscience aussi bien que des gestes et des actes. On pourrait refaire ce Capitulaire de Charlemagne avec les discours de Guillaume II à ses recrues de l’armée et de la flotte.

Aux recrues de Berlin (16 novembre 1893) : « Sous le libre ciel de Dieu, vous m’avez prêté le serment de fidélité et, par-là, vous êtes devenus Mes soldats, Mes camarades. Vous avez un poste d’honneur dans Ma capitale, dans Ma garde, et la charge de Me défendre, Moi et Mon empire, contre les ennemis du dehors et du dedans. J’ai besoin de soldats chrétiens, qui disent leur Notre Père. Le soldat ne doit pas avoir sa volonté ; mais vous tous devez avoir une seule volonté, et c’est la Mienne ; il n’existe qu’un ordre, et c’est le Mien. Et maintenant, allez et faites votre service et soyez obéissans à vos supérieurs. »

Aux recrues de la flotte (23 décembre 1893) : « Vous venez, sur vos étendards, de Me jurer le serment de fidélité : soyez avant tout fidèles à ce serment. Mon œil veille sur tout, et je saurai témoigner Ma reconnaissance à ceux qui, en toutes circonstances, auront fait leur devoir. »

« Ipse Dominus Imperator non omnibus singulariter necessariam potest exhibere curam, le Seigneur Empereur ne saurait montrer en tout et partout sa vigilance indispensable, » disait