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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/184

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discipline nationale tout autre sentiment, à l’armement national, à la défense nationale tout autre besoin, pourquoi donc embarquait-il ses troupes et ses ressources vers des pays de nègres et de cocotiers ? pourquoi ces canonnières aux rivages du Cameroun et du Togo, si l’ennemi était aux portes, à toutes les portes de l’Empire ?

Les jeunes en arrivèrent à dire que le Vieux, ayant fait son œuvre, avait fait son temps, qu’après vingt ans d’unité disciplinaire et de garde sur le Rhin, l’Allemagne s’était acquis le droit et le loisir d’ambitions nouvelles, que « l’ancien cours » et le premier pilote l’avaient conduite aussi loin qu’ils pouvaient aller, qu’il osait aller, mais qu’il fallait tenter un « nouveau cours » sous un pilote moins timoré. C’est alors que Guillaume II, avec la belle audace de ses trente ans, exigea brusquement la démission du demi-dieu et le renvoya définitivement à son sanctuaire de Varzin : l’impie eut de son côté l’Allemagne presque entière (20 mars 1890).


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Durant les vingt-quatre années de l’« ancien cours » (1866-1890), l’arbitrage de Bismarck avait scellé l’union entre l’Allemagne et le Hohenzollern et maintenu, aussi étroite que se pouvait, l’harmonie entre « l’esprit allemand » et l’hégémonie prussienne. Après les vingt-quatre années du nouveau cours (1890-1914), M. de Bülow déclarait que le maintien et le renforcement, — pour ne pas dire : le rétablissement, — de cette harmonie était devenu le problème capital de toute politique allemande. M. de Bülow laissait même entendre que, Bismarck ayant créé et fait vivre l’unité, Guillaume II ne l’avait ni affermie ni même suffisamment considérée. Il disait qu’il était grand temps de revenir à de plus sages conceptions et qu’un « amalgame plus complet du génie prussien et du génie allemand » était de la plus urgente nécessité.

On voit bien que, disgracié par Guillaume II, M. de Bülow se réclamait de Bismarck : « Dans la politique extérieure, comme dans la politique intérieure, j’ai considéré comme un devoir sacré de fortifier la couronne de toutes mes forces et par tous les moyens, de la soutenir et de la protéger, non seulement à cause de mon profond loyalisme et de mon attachement personnel à Celui qui la porte, mais aussi parce que je vois en elle