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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/179

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jamais attaché l’Allemagne par la constitution que, dès 1861, il avait concédée à sa Confédération du Nord et qu’il avait étendue en 1871 à l’Empire restauré. Fédérale et nationale tout ensemble, mi-germanique et mi-française, cette constitution était un compromis assez adroit pour donner en apparence pleine satisfaction aux libertés des Princes et aux revendications du Peuple. Les Princes, — ceux du moins que Bismarck conservait à l’existence, — y gardaient leur Diète. Le Peuple, qu’il appelait à l’unité, y obtenait son Parlement. Deux assemblées nationales devaient assister l’Empereur et contrôler le Chancelier dans la gérance de l’Empire : l’une, le Reichstag, était un parlement démocratique, élu par toute la nation au suffrage universel ; mais l’autre, le Bundesrath, était toujours une diète princière à la mode de Francfort, un congrès permanent de diplomates accrédités par les différens princes de cette Confédération-Empire, Bund et Reich tout ensemble.

En théorie, donc, les volontés du Peuple et les droits des Princes avaient leur part dans le gouvernement. En pratique, tout était combiné pour l’hégémonie de la Prusse et pour la dictature de Bismarck.

Dans le Bundesrath, en effet, la Prusse, avec ses 17 voix sur 58 votes, ne pouvait être mise en minorité que par une coalition de tous les royaumes secondaires et par la défection de tous les petits Etats, — hypothèse inadmissible aussi longtemps que le Hohenzollern garderait le moindre ménagement envers les intérêts de quelques-uns et qu’il n’entreprendrait pas de se ruiner lui-même en ruinant tous ses alliés ; au moindre signe d’opposition systématique ou de coalition injustifiée, les Princes et les Villes savaient par les exemples de 1866, par le sort du Hanovre, du Nassau, de la Hesse et de Francfort, ce qu’il pouvait leur en coûter de déplaire au maître de Berlin.

Dans le Reichstag, Bismarck, fondateur de l’unité, champion de la nation, restaurateur de l’indépendance, de la grandeur et de la gloire germaniques, vengeur des humiliations et des souffrances séculaires, triomphateur de la France et de l’anarchie, Bismarck, incarnation vivante de l’Allemagne restaurée, pourrait être discuté, critiqué, mais non pas entravé ni même contrôlé, aussi longtemps qu’il maintiendrait son œuvre et qu’il en revendiquerait la responsabilité et la défense. Le premier discours du trône (mars 1871) contenait en une formule