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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/156

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marquis de Bade. Parmi ses six sœurs, Sybille avait été mariée à Ernest, comte de la Marck ; Anne à Egon, comte de Furstenberg ; Catherine-Ursule à Guillaume, marquis de Bade ; les trois autres à des seigneurs moins illustres, mais appartenant néanmoins à la plus haute noblesse germanique.

Le comte d’Isembourg ne pouvait laisser impunie la cruelle injure faite à sa maison. Son honneur, aussi bien que sa jalousie, lui faisaient un devoir d’en poursuivre une vengeance éclatante. Ayant appris que son infidèle moitié était à Paris, il y envoya un de ses neveux, le comte de Beaumont, qui, au nom de l’époux outragé, invoquant le droit des gens en usage même entre princes ennemis, réclama l’extradition de la fugitive et la punition du ravisseur. Le prude roi Louis XIII, qui entendait peu raillerie en matière d’amourettes, très surpris et très mécontent de ce qu’il apprenait par Beaumont, donna l’ordre d’instruire contre les coupables. Heureusement pour eux, le Cardinal prit leur défense, en s’appuyant sur cet axiome politique « qu’on ne saurait jamais faire trop de mal à un ennemi. » J’ai connu à cela, disait plus tard avec cynisme Massauve en racontant cette histoire, « que le Cardinal était un méchant homme d’avoir laissé un si grand crime impuni ! »

Quoi qu’il en soit, la situation des deux amoureux devenait difficile à la Cour, d’autant plus que l’imposture de Massauve, relativement à la forteresse d’Ehrenbreitstein, commençait à transpirer. Bientôt, ne se sentant plus en sûreté et pénétrés de l’abandon dans lequel ils se trouvaient, ils jugèrent plus prudent de disparaître et d’aller cacher leur passion dans quelque coin ignoré de la province où l’on n’aurait pas l’idée de les poursuivre.


III

Ils se rendirent donc en Auvergne où Massauve prit le nom de Mespletz (d’autres écrivent Mesplach), qu’il ne quitta plus. La comtesse passa dès lors pour sa sœur. Mais bientôt cet asile ne leur parut pas assez sur et ils se décidèrent à pousser plus loir leur course vagabonde.

Arrivés par des chemins détournés en Albigeois, ils résolurent de s’y fixer. S’il en faut croire une dame d’Albi, Mme de