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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/15

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MINOLA. ; 11

Les dames d’honneur qui accompagnent la Reine sont plus jeunes et combien plus aimables que la duchesse. Plusieurs même sont très jolies, mais presque toutes ont leur préoccupation et ne trouvent que peu d’attrait dans la société d’une enfant, de sorte que Va opinion publique » est encore un prétexte pour favoriser les projets de ces dames, qui aiment fort à errer dans les jardins royaux en compagnie de courtisans richement vêtus et de fringans damoiseaux parés de vives couleurs.

Il y a tant à faire d’ailleurs dans les jardins : fleurs à cueillir pour l’auguste table, ordres à donner pour élaguer les branches des arbres trop touffus, sentiers à tracer dans les épais taillis, et tant d’autres choses encore que des damée peuvent difficilement accomplir seules, sans l’aide de jeunes hommes. Les exigences inattendues de l’a opinion publique » avaient, d’ailleurs, tellement accoutumé notre petite Reine à la sévérité protocolaire que Minola ne s’étonnait plus des règles bizarres que la grande ombre noire imposait à ses jeunes dames d’honneur. Pourquoi ne leur défendrait-elle pas, songeait-elle, d’errer sans escorte masculine dans la forêt, puisqu’il ne lui était pas donné, à elle, de sortir seule à son gré ? Malgré tout, Minola se sentait plus heureuse. Son ami, le vieux seigneur Organda Caminosofî, l’entourait de mille prévenances délicates, et Boone, le bon docteur à cheveux blancs, usait de toute sa science pour ramener les couleurs de la santé aux joues pâles de la petite Reine. Tous deux, enfin, eurent une idée géniale.

Non loin de la côte s’élevait un rocher en forme d’île, et aussi blanc que le marbre le plus pur, caressé sans trêve par le flot de ses lames de saphir liquide.

Un pont de marbre fut jeté du rivage à ce refuge de paix et là, au sommet, des mains habiles taillèrent dans le roc un siège large et profond, semblable à un trône sur lequel la petite Reine Minola pût passer des journées paisibles.-La pierre froide et brillante disparut sous les molles fourrures blanches, et de nombreux coussins de toutes dimensions, bourrés d’un duvet plus doux que le plus doux zéphyr, mêlèrent leurs reflets chatoyans.

De chaque côté de ce grand trône, on avait placé deux vasques immenses de marbre blanc, toujours remplies de fleurs