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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/148

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accèdes donc à cette superstition romaine, dont je considère la destruction comme le but suprême de ma vie. »

C’est, en définitive, au nom du germanisme que l’armée allemande pille, vole, viole et assassine sans pitié, avec méthode et suivant un plan préconçu, dans la conviction où ils sont tous au-delà du Rhin, depuis les docteurs jusqu’aux ouvriers, de sauver le monde à coups de canon, cependant qu’ils satisfont les bas appétits de leurs âmes restées barbares. Le peuple allemand, tout entier grisé par le spectacle de sa trop rapide fortune, donne ainsi, suivant l’expression de M. Boutroux, le plus extraordinaire exemple de barbarie multipliée par la science où puisse, de nos jours, tomber un pays tenu pour civilisé, alors que ses progrès moraux ne vont pas de pair, pour les diriger et les compenser, avec un brusque accroissement de prospérité matérielle. C’est, aussi bien, cette prospérité que les cerveaux teutons d’aujourd’hui prennent, à l’exclusion de tout idéal désintéressé, pour le but suprême vers lequel, sous l’égide de la Germanie, Messie des temps futurs, l’humanité serait appelée. L’abomination des procédés mis en œuvre suffit, en dehors de tout autre indice, à nous faire estimer à sa juste valeur une aussi aberrante prétention.


PAUL GAULTIER.