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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/145

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la main, » dit l’un d’eux. Rien ne saurait, suivant les plus hautes compétences, s’opposer aux « nécessités militaires. » Conclusion, à l’usage du tempérament allemand, des idées de Fichte, de Schelling, de Hegel, de Treitschke et de Nietzsche ! Le principe des nécessités militaires a été professé par Clausewitz et Bernhardi, dont les enseignemens forment la substance des instructions officielles. « La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à accomplir notre volonté, » écrit Clausewitz. Et il ajoute aussitôt : « Dans l’emploi de cette violence, il n’y a pas de limites. » Nous voici donc bien en présence de la dévastation, du vol, du pillage, de l’incendie érigés en méthodes de guerre. « La première de ces méthodes est l’invasion des provinces ennemies, non pas avec l’intention de les garder, mais pour y lever des contributions de guerre, voire simplement pour les dévaster, » stipule Blume dans son cours de stratégie. « On affirme par-là, précise le général Julius von Hartmann, que les nécessités militaires n’ont à établir aucune distinction entre la propriété publique et la propriété privée. » Plus encore, il recommande de choisir des otages, pour répondre de la tranquillité des populations envahies. On peut en outre, enseigne l’état-major allemand, imposer des travaux aux habitans des régions conquises et les obliger à fournir des guides. Et ce n’est pas tout : il convient, par le carnage, de faire régner la terreur. « Quand la guerre nationale a éclaté, le terrorisme devient un principe militairement nécessaire, » établit le général Hartmann. Bien plus, afin que la discipline, qui fait la force des armées, n’en souffre pas, les actes de violence devront être systématiquement organisés. Les villes et les villages seront réduits en cendres par des compagnies d’incendiaires munies d’appareils spéciaux, Le pillage sera effectué avec méthode, et le butin dirigé sur l’arrière par chemins de fer ou automobiles. Les assassinats auront lieu par ordres et en masses. Toutefois, comme le combattant a besoin de passion, le général Julius von Hartmann demande qu’il « soit affranchi totalement des entraves d’une légalité gênante et de toutes parts oppressive. » De sang-froid et selon un plan mûrement réfléchi, les instincts les plus redoutables se trouveront ainsi déchaînés, au grand dam des pays occupés, non seulement dans la troupe, mais dans l’âme de chaque soldat. Pour l’état-major allemand, il est de