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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/14

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10 REVUE DES DEUX MONDES^

n’eût été plein de son heureuse vision : un cheval blanc, si blanc que personne n’aurait jamais pu l’imaginer. Minola adorait tous les animaux, mais, comme les fleurs et les vêtemens, ils devaient être blancs pour lui plaire ; elle avait déjà toute une collection de chiens et de chats blancs, de lapins, de faons et de cerfs, de faucons, de paons et de perroquets, ainsi que de faisans blancs comme le lait ; elle avait même, dans une cage d’or, un merveilleux rossignol blanc, dont le chant était si doux, si mélancolique, que l’enfant solitaire ne pouvait l’entendre longtemps sans s’émouvoir. Le cheval blanc de ses rêves, seul, manquait à sa ménagerie, et voilà que l’aimable vieux gentilhomme avait promis de le lui trouver. Pendant ce temps, le brillant cortège que précédait l’enfant couronnée continuait d’avancer sur la longue route en lacets. Ceint de violettes, le front de la royale enfant s’inclinait légèrement. Ses deux petites mains tenaient à peine les rênes, et son corps délicat suivait avec souplesse le mouverhent de sa monture.

Elle avait oublié pour l’instant ce que Va opinion publique » attendait de sa personne.

Elle rêvait d’une mer bleue et profonde et, en galopant à la rencontre des flots sur le sable argentin, il lui semblait voir venir au-devant d’elle un cheval blanc, d’un blanc éblouissant, d’un blanc de neige, avec des sabots d’ivoire, une crinière souple soulevée par la brise comme l’écume des vagues couleur de saphir dans leur inlassable remous. Et ce rêve amenait un sourire de béatitude sur les lèvres pâlies de l’enfant solitaire dont, cependant, chacun enviait le bonheur. Il

La petite Reine est installée dans un beau palais au bord de la mer bleue. Tout la séduit, tout l’enchante, tout, sauf ses chambres qui n’ont pas la blancheur éclatante qu’elle rêve dans 8on étrange idée fixe.

il est, certes, bien agréable de vivre loin de la vieille duègne, de ne plus sentir son œil sévère obstinément fixé sur vous, prêt à blâmer sans pitié la moindre gaucherie ou même un pauve petit devoir innocemment omis. Elle n’est plus là, quelle tranquillité !