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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/13

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MINOLA. W

santé sur son cheval, un aimable sourire illuminant son visage pendant qu’elle s’inclinait en passant devant la foule amassée pour la saluer.

Tête contre tête, pressés les uns contre les autres, écarquillant les yeux, ses sujets regardent passer leur jeune souveraine. Plus d’un cœur de mère se serre à la vue de la petite fille solitaire dans sa grandeur, et plus d’une âme scrute les pâles petites joues d’un regard anxieux ; mais la plupart la contemplent comme une vision joyeuse, pleine de charme enfantin et au sort enviable, à cause de son trône et du droit qu’elle a déporter une couronne...

Ce jour-là, Minola ne se sentit point malheureuse. Elle allait vers la mer, montée sur un beau cheval, son peuple l’acclamait, et, par-dessus tout, la duchesse Arabella de Gomandolina avait décidé de ne pas suivre la Cour, les médecins ayant trouvé que l’air marin ne convenait point à ses articulations endolories. !

La petite Reine espérait donc que 1’ « opinion publique » tiendrait compagnie à l’austère vieille dame. Et puis, tout en chevauchant dans son isolement, elle caressait un joli rêve, éclos dans ’son imagination d’enfant : elle rêvait d’avoir un cheval blanc, blanc comme la neige, surpassant tout autre cheval en blancheur. Le coursier doré qu’elle montait était certes une superbe bête, mais... la vision poursuivie était tellement plus belle I

Le vieux courtisan paternel à qui elle confiait ses désirs avait promis de réaliser son vœu et de lui trouver un cheval blanc comme l’écume, si blanc, si blanc, que, marchant sur un champ de neige, on le confondit avec elle. C’était là le rêve auquel souriait Minola, tandis qu’elle quittait la résidence royale par cette lumineuse matinée d’été.

La longue file des courtisans qui la suivaient étaient, il est vrai, bien plus joyeuse que la petite souveraine, surtout les derniers de l’escorte aux brillantes couleurs. De cette arrière-garde formée de demoiselles d’honneur cavalcadant côte à côte avec les chambellans, les grands seigneurs et les hommes d’armes, plus d’un rire joyeux fusait dans l’air doucement parfumé. Celui de la Reine ne résonnait point parmi eux. La tristesse aurait assombri ce front enfantin si son cœur