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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/118

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plus renommés, aux applaudissemens de tout un peuple, intellectuels et souverain en tête. « Il est une condition qu’il faut que vous me juriez de remplir, écrivait Napoléon dans la proclamation de 1796 à ses soldats : c’est de respecter les peuples que vous délivrerez ; c’est de réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats… Je ne souffrirai pas que des brigands souillent vos lauriers. » Il était réserve aux Allemands d’aujourd’hui d’ériger le vol, le viol, le meurtre, le pillage, l’incendie, le mensonge et le parjure en officielle méthode de guerre. Et ils en sont fiers ! « On nous traite de Barbares, écrit le Tag de Berlin : la belle affaire ! nous en rions. Nous pourrions tout au plus nous demander si nous n’avons pas quelque droit à ce titre. Que l’on ne nous parle pas de la cathédrale de Reims et de toutes les églises, et de tous les palais qui partageront son sort : nous ne voulons plus rien entendre. Que de Reims nous arrive seulement l’annonce d’une deuxième entrée victorieuse de nos troupes : tout le reste nous est égal. »

Un pareil état d’âme n’est ni spontané, ni improvisé. Il apparaît le produit d’une longue préparation et, pour tout dire, d’une philosophie. Condamnerons-nous donc, sans distinction ni réserve, la philosophie allemande ? Non : elle n’aurait jamais suffi à créer cette mentalité, si elle n’avait rencontré dans le caractère germanique, d’où elle est issue, un terrain propice et des germes qu’elle a contribué à y faire éclore. Encore a-t-il fallu pour arriver à un aussi complet épanouissement de la volonté de puissance, au mépris de toutes les lois divines et humaines, que les circonstances où s’est trouvée l’Allemagne, après ses victoires répétées de 1864, de 1866 et de 1870, s’y prêtassent. Au vrai, elles ont été l’étincelle qui a provoqué, sous le nom de germanisme, l’extraordinaire synthèse de sa philosophie et de son caractère d’où est sortie l’actuelle barbarie teutonne.


I

Le caractère allemand a été en effet, de tout temps, partagé entre deux tendances adverses dont, au cours de son histoire, chacune à tour de rôle a dominé : la tendance idéaliste d’une