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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/117

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Les origines de la barbarie allemande


« On peut dire, écrit le rapporteur de la Commission instituée le 23 septembre 1914 en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens, que jamais une guerre entre nations civilisées n’a eu le caractère sauvage et féroce de celle qui est en ce moment portée sur notre sol par un adversaire implacable. » Je crois qu’il faut remonter à Tamerlan et à Gengis-Khan pour trouver dans l’histoire une barbarie aussi débridée que celle dont l’armée allemande nous inflige l’effroyable épreuve, depuis les premiers jours d’août 1914, sur les terres martyres de la Belgique et de la France du Nord-Est. Et encore est-il vrai de dire que, ne disposant pas des engins de destruction puissans que la science a mis entre les mains de l’homme moderne, la brute de jadis était beaucoup moins redoutable que le « civilisé » d’à présent. En effet, ce qu’il y a de particulièrement odieux dans la sauvagerie des Allemands d’aujourd’hui, c’est, précisément, son caractère scientifique, non pas en ce sens seulement qu’elle use des derniers perfectionnemens de l’outillage industriel et militaire, mais en celui-là, surtout, qu’elle correspond à une doctrine. Pour criminelles, en effet, qu’aient été les cruautés qui ont toujours jusqu’ici plus ou moins accompagné les guerres, il ne s’était jamais vu, outre leur nombre, qu’elles eussent été, non pas même autorisées, mais encouragées ou, qui plus est, ordonnées de propos délibéré, en plein accord avec l’enseignement des stratégistes les