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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/108

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de l’Allemagne et célébré par des accens plus lyriques la liberté républicaine.

« Vivre libre et indépendant, s’écriera Brandt, voilà la vie heureuse. Les plus grands trésors ne sont rien à côté de la liberté ! »

« La liberté, dira Fischart, est la splendeur de la noblesse. — Celui qui est d’espèce ignoble s’engourdit dans la servilité, comme un bousier dans le fumier. — Prendre la liberté à l’homme, c’est le sang même de son cœur qu’on lui prend. »

Ce que les Allemands ont prétendu être un patriotisme germanique n’était donc au fond que l’amour de la liberté et de la fraternité chrétienne. Comparez-le, ce patriotisme, à celui que la Révolution française a fait éclore, et voyez comme il anticipe sur lui et dans quelles profondeurs de sentimens se préparait, dès le XVIe siècle, l’union de l’âme alsacienne et de l’âme française. Faut-il chercher ailleurs la spontanéité de l’élan qui a entraîné l’Alsace dans les bras de la France de 89 ?


VI

Les sentimens qui s’échappaient bouillonnans du cœur des humanistes alsaciens du XVIe siècle et qui couvaient instinctivement dans l’âme du peuple, l’Alsace en prit chaque jour une conscience plus vive sous la poussée des grands événemens politiques et religieux du XVIe et du XVIIe siècle. Il en fut ainsi à mesure que les déchiremens de la Réforme achevèrent de mettre l’Empire en pièces et que s’élevait sur ses ruines la monarchie despotique et persécutrice de la maison d’Autriche, à mesure qu’en France, au contraire, les partisans de l’Espagne succombaient et que s’intronisa la monarchie tolérante, éclairée, brillante de Henri IV et de Sully, à mesure enfin que, dans l’anarchie de la guerre de Trente Ans, la France, par le succès de ses armes, apparut comme un principe d’ordre, et, par son alliance avec les protestans d’Allemagne, comme une sauvegarde de la liberté de conscience.

Les partisans de la France qui inquiétaient Wimpheling, au début du XVIe siècle, ne cessèrent donc d’augmenter en nombre et en influence, et les sympathies latentes pour elle de s’accroître, de s’étendre et de se renforcer.