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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/10

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REVUE DES DEUX MONDES^

vraies larmes, semblables en apparence à celles de tous les autres enfans, mais, en réalité, plus amères, bien que l’étiquette de Cour exigeât que les larmes d’une reine fussent douces comme des gouttes d’eau de rose.

En de pareilles circonstances, les courtisans détournaient la tête pour ne pas voir, car nul d’entre eux ne pouvait concevoir qu’une reine versât de véritables larmes comme une simple mortelle.

Une reine doit toujours avoir le sourire sur les lèvres, les joues délicatement teintées de rose ; ses cheveux doivent être d’or fin et sa robe tissée des soies les plus moelleuses. Minola, certes, avait toutes ces qualités physiques. Sa chevelure était d’un blond pâle, ses grands yeux d’un bleu profond étaient bordés de longs cils soyeux aussi doux que la plume, qui jetaient un voile d’ombre sur leur éclat pareil à l’eau miroitant au soleil.

Son visage mignon et arrondi avait la couleur délicate d’un pétale de pêcher aux légers tons de rose. Sa bouche était petite et rouge, telle une cerise bien mûre, bouche faite pour le sourire et les baisers, mais qu’un pli grave attristait souvent. Son opulente chevelure, orgueil de son peuple, s’épandait comme un manteau sur son petit corps frêle ; nul métal finement ciselé n’en surpassait l’éclat ; nulle vague caressée par le soleil n’eût pu se comparer aux boucles soyeuses qui couvraient splendidement ses épaules d’enfant. Cependant, pour la petite Reine, cette riche toison d’or était un fardeau pesant et aussi souvent que possible, pour reposer sa tête de cette parure si lourde, elle s’allongeait sur le dos, ses tresses merveilleuses répandues en flots de lumière autour d’elle. Mais on considérait cette attitude comme insolite pour une reine ; aussi ne la prenait-elle que lorsqu’elle était seule, loin des regards désapprobateurs des grandes dames guindées et des courtisans obséquieux.

Minola n’avait ni père ni mère, ni frères ni sœurs ; c’est pourquoi elle était Reine, et c’est aussi la vraie raison qui la rendait si malheureuse.

La foule des grandes dames et des gentilshommes altiers qui formaient sa Cour, unanimement, la déclaraient très heureuse ; ne possédait-elle pas ce privilège envié de tous : une couronne royale ?