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C’est sous ces auspices, bien propres à me remettre en tête mes pressentimens de Rome, que nous coucherons ce soir pour la première fois dans notre camp volant. Les lettres reçues, les nouvelles que la princesse Charlotte nous communique sont peu propres à dissiper mes appréhensions. Nous apprenons que le roi Jérôme s’est employé sans succès à mettre fin à l’escapade de ses neveux. Son premier soin a été de se rendre auprès du Pape et de les excuser de son mieux, disant qu’en se portant au devant de leur mère par la route de Pérouse, ils avaient été entourés et entraînés par les insurgés. Le lendemain, 25, il leur expédiait à Terni un officier westphalien resté attaché à sa maison, M. de Stölting, avec une lettre pour le colonel Sercognani, une autre pour eux-mêmes, et enfin de l’argent, que M. de Bressieux avait témoigné leur faire absolument défaut. M. de Stölting a rendu compte à la Reine de son ambassade inutile. Le prince Napoléon, se retranchant derrière la parole donnée, lui a opposé une froide résistance, et l’a chargé d’une lettre pour le Pape où les revendications constitutionnelles des insurgés sont exprimées en termes sobres et forts. Une copie de cette lettre nous est arrivée par le roi Louis, qui avait écrit en travers : « Cela est d’un aventurier. » La lecture seule l’en avait rendu malade, au point qu’il avait fallu lui mettre des sangsues. La Reine déplorait le rôle que son fils s’était arrogé, et l’ampleur que les malveillans vont donner à toute cette affaire. Elle était rentrée chez elle de bonne heure pour en raisonner avec moi à cœur ouvert, quand on lui a annoncé le chevalier d’Almeida, allant à Vienne avec M. Oliviera, chargé d’affaires de l’empereur du Brésil auprès de cette cour.

Ces messieurs ont eu l’attention de passer chez le roi Jérôme, avant de se mettre en chemin. Ils savent que M. de Stölting, à peine revenu à Rome, est reparti pour faire une nouvelle démarche, non pas auprès de Sercognani, dont les princes se moquent, mais auprès d’Armandi, qui peut parler plus ferme et qui doit se faire écouter. Nos Brésiliens ont suivi la route des insurgés, plus sûre que celle des brigands. Ils disent que le Pape n’a que des troupes misérables, que l’enthousiasme règne parmi les constitutionnels, que la tenue de ces volontaires est parfaite, bien qu’ils ne portent pas d’uniformes.

Comme il y avait eu pour moi quelques consolations à les entendre, j’ai donné tout l’écho possible à leur son de cloche,