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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Nous avions encore, il y a quinze jours, un ministère Doumergue : nous avons aujourd’hui un ministère Ribot. Changement considérable et qu’on peut qualifier d’imprévu. Les socialistes et les radicaux unifiés n’en reviennent pas. Ils criaient si haut qu’après les élections dernières le gouvernement leur appartenait de plein droit, qu’ils avaient fini par le croire et presque par le faire croire. Ils se préparaient à nous gouverner, mais ils y ont mis des conditions à ce point inacceptables que le pouvoir leur a échappé au moment où ils s’apprêtaient à mettre la main sur lui. À qui la faute si M. Viviani a échoué, on le verra un peu plus loin. Son échec, l’effondrement de sa combinaison, dû à la folle intransigeance de ses amis sur la question militaire, a créé un grand désordre. Les radicaux s’étaient rendus impossibles, et tout le monde paraissait l’être devenu avec eux. L’embarras de M. le Président de la République était grand : il offrait des portefeuilles dont personne ne voulait. C’est alors qu’il a eu recours à M. Ribot, et celui-ci s’est dévoué : il a dénoué la crise, il a fait un ministère. Il s’attend sans doute à bien des difficultés dans sa tâche, mais c’est un honneur pour lui d’en avoir vaillamment accepté le fardeau. Il a rendu au pays un service dont on ne saurait lui être trop reconnaissant.

Comme il l’a dit lui-même, M. Doumergue ne s’était donné qu’une tâche, qui était de « faire » les élections ; il s’est bien gardé d’y ajouter quoi que ce fût, de crainte qu’il n’en résultât quelque accident pour lui et pour ses collègues et il a mieux aimé laisser péricliter les intérêts immédiats du pays, les plus graves et les plus pressans, que de s’exposer à ce danger. L’opération une fois terminée, il s’est empressé de donner sa démission, et il est parti, laissant nos finances en désordre et la loi de trois ans en butte à des attaques violentes que l’adminis-