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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/898

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même dans le Nord, en Mandchourie, par exemple, ses candidats l’emportèrent, mais Yuan contre-balança cette majorité en nommant lui-même les représentans de la Mongolie et du Tibet qui, en raison des circonstances politiques, se trouvaient dans l’impossibilité d’élire leurs députés. Au Sénat, le parti du peuple eut 129 sièges contre 77 au parti de Yuan-Chekai. Les élections étaient un échec pour le Président provisoire ; même s’il obtenait encore, pour l’élection à la présidence définitive, la majorité que Sun-Yat-Sen et ses amis paraissaient prudemment disposés à lui assurer, son pouvoir serait précaire et limité. A cette diminution Yuan, assuré de l’appui des étrangers, préféra la lutte ; il l’entama à la chinoise.

Un des chefs du parti du peuple, Song-Kiaojenn, ancien ministre de l’Agriculture, orateur éloquent et populaire, avait particulièrement insisté, au cours de la campagne électorale, sur la nécessité de ne donner au Président qu’un pouvoir limité et contrôlé à la mode française ; dans une réunion politique tenue à Ghanghai, il avait même attaqué personnellement Yuan-Chekai et dénoncé ses usurpations, sa dictature. Quelques jours après, au moment où il allait monter dans le train qui devait le conduire à Pékin, il était tué à coups de revolver (20 mars 1913). L’enquête démontrait que l’assassin était un homme de police, aux gages du premier ministre Tchao-Ping-kiun. Il y a des juges en Chine ! Ils osèrent lancer un mandat d’amener contre le premier ministre, dont la complicité ressortait des documens saisis au domicile de l’assassin. Yuan, par décret, le déclara innocent. Un pareil événement, au moment où le Parlement allait se réunir à Pékin, jeta la consternation dans le parti du peuple. A l’ouverture des Chambres (8 avril), l’élection des bureaux fut faite au milieu d’une émotion intense. Entre le Président et le Parlement, c’était la guerre.

Le « nerf de la guerre » était à la disposition des étrangers. L’emprunt du consortium n’était pas encore signé. Les Chinois ont l’art des négociations dilatoires : Yuan voulait faire traîner les pourparlers jusqu’au moment où il serait Président définitif. Du côté des prêteurs, on commençait à s’inquiéter, on se demandait si le parti démocrate et révolutionnaire, qui annonçait qu’il ne reconnaîtrait aucun emprunt conclu sans un vote régulier du Parlement, n’allait pas l’emporter. Au lendemain de son élection, le jour même de l’assassinat de Song-Kiaojenn, le