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après 1870. Il ménage les Mandchous. Les ennemis du nouveau régime voient en lui le dictateur qui, une fois son pouvoir solidement établi, mettra à la raison les novateurs. Ainsi, rassurant tous les intérêts, flattant toutes les ambitions, ménageant toutes les Puissances, Yuan-Chekai établit au-dessus des lois et des partis son pouvoir dictatorial. Bientôt il se sent assez fort, assez indispensable, pour frapper ses adversaires ; deux généraux républicains, Tchang-Tchennou et Fang-Ouei, étant venus à Pékin pour conférer avec lui et faire entendre leurs doléances, il les fait tuer (15 août 1912). Lui-même s’enferme au fond de son palais strictement gardé par des soldats fidèles. Les chefs républicains viennent à Pékin ; Sun-Yat-Sen y est accueilli en grande pompe, comblé d’honneurs (septembre 1912) ; le ci-devant prince régent, Tchouen, vient lui rendre visite officielle dans le palais où il réside ; c’est le symbole visible du triomphe de la Révolution et de la République. Sun accepte de devenir directeur général des chemins de fer ; le général Hoang-Hing, soldat de la Révolution, vient aussi dans la capitale et est nommé directeur général des mines. C’est le ralliement. Tout est à la concorde et à l’harmonie, sinon peut-être à la confiance. Le pouvoir personnel de Yuan s’impose comme un fait et comme une nécessité.

Tandis que s’accomplissait cette évolution vers la dictature, l’Assemblée nationale provisoire votait et le Président promulguait les lois constitutionnelles de la République (10 août, 14, 20 septembre 1912). En voici les dispositions essentielles. Le pouvoir législatif appartient à deux Chambres. Le Sénat est élu par les Assemblées provinciales ; les Chinois vivant hors de Chine et les lettrés y sont représentés. La Chambre des députés compte 596 membres élus à deux degrés pour trois ans parmi les hommes d’au moins vingt-cinq ans. Pour être électeur, il faut remplir certaines conditions de cens, assez élevées, ou posséder certains diplômes ; les fumeurs d’opium et les illettrés sont exclus ; ne sont pas non plus électeurs ni éligibles les militaires, les fonctionnaires de la police, de l’administration, de la justice. Il y eut, en tout, vingt millions d’électeurs.

Les premières élections constitutionnelles pour la Chambre et le Sénat ont eu lieu en décembre 1912 et janvier 1913 ; elles furent un succès pour le parti du peuple (Kouomintang) dont le chef est Sun-Yat-Sen ; il obtint plus de la moitié des sièges ;