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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/88

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Rien de tout cela chez Paul Heyse. L’Italie telle qu’elle est forme à ses yeux un tout parfait dont il serait désolé qu’on s’avisât de rien distraire. La « crasse » blâmée par ses compatriotes, mais c’est un « préjugé allemand ! » La crasse italienne, c’est, pour citer ses propres paroles, « une noble patine qui s’attache aux objets. »

Paul Heyse jugeait avec la même indulgence la « patine morale » du peuple italien, la simplicité et la bonhomie de ses mœurs, le séduisant naturalisme de ses superstitions. Et ce n’est pas moi qui l’en blâmerai.

Depuis Henri Heine, l’Allemagne n’avait pas produit d’esprit aussi latin. Paul Heyse n’avait pas grande affinité avec le génie français. Il semble aimer Musset, avec qui il n’est pas sans rapport, mais quel poète n’aime pas Musset ? Tiède ami des lettres françaises, il paraît, en revanche, très versé dans l’ancienne civilisation et l’ancienne littérature provençales. Et ce goût s’explique fort bien. L’ancienne culture provençale et la culture italienne ne sont-elles pas sœurs jumelles ? Et ne sont-elles pas l’une et l’autre tout près encore de cette civilisation gréco-romaine, la bonne nourrice de Paul Heyse ?

Il est d’ailleurs un point à signaler sans retard, de peur qu’on ne se méprenne sur le latinisme de ce poète allemand. Son latinisme ne va pas jusqu’à emprunter aux célèbres novellieri italiens des siècles héroïques leur tour de pensée et de style. Les conteurs italiens du Moyen âge et de la Renaissance (Boccace à leur tête) sont de licencieux personnages dont l’italien dans les mots brave l’honnêteté. Et sous ce rapport, certains conteurs provençaux leur disputent la palme. Paul Heyse puise chez ces auteurs des sujets, des situations, des caractères. Il emprunte a l’Italie et à la Provence des fonds lumineux et clairs pour ses tableaux et ses portraits, mais par son horreur de la grivoiserie, par son respect de la femme et par la haute idée qu’il se fait de l’amour, il s’éloigne autant que possible des conteurs italiens d’autrefois. Pour comprendre combien l’auteur de l’Arrabiata, malgré son italianisme et son provençalisme, reste un pudique Teuton, il suffirait de mettre en regard ces deux maîtres de la nouvelle au XIXe siècle en Allemagne et en France : Heyse et Maupassant. Le contraste est d’ailleurs si énorme qu’un parallèle serait non seulement oiseux, mais absurde. La diversité de race s’aggrave ici d’un antagonisme