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Américains surtout, allient parfois des préoccupations commerciales à leur propagande religieuse et le Chinois donne moins facilement sa confiance à leurs pasteurs qu’aux prêtres catholiques. Les gens de négoce et de finance ne sont guère en relations qu’avec le monde des mandarins, rompu aux affaires et corrompu par les affaires ; les missionnaires au contraire sont en contact avec toutes les classes de la société ; de tous les étrangers, ils sont ceux qui approchent de plus près le peuple et qui en peuvent le mieux pénétrer l’âme ; ils demeurent et les autres passent, ils sont désintéressés et les autres cherchent âprement leur bénéfice ; ils annoncent un Dieu de charité, les autres sont les adorateurs du Veau d’or. Dans le livre, si plein de vie et de pénétrantes observations, où il relate ses pérégrinations et ses conversations : A travers la révolution chinoise, M. Farjenel relate une conversation avec Mgr Jarlin. L’évêque de Pékin, dont on n’a pas oublié la vaillance au temps où, coadjuteur de Mgr Favier, il soutint au Pé-tang un siège contre les Boxeurs, constate « combien l’esprit des Chinois est changé, combien il évolue vite : c’était autrefois un axiome que le Chinois était dépourvu de patriotisme, qu’il sacrifierait son pays pour quelques dollars. On se trompait à cet égard… Le Chinois a un grand amour de la justice, et c’est ce sentiment qui a, en partie, causé la révolution. Le christianisme aussi a eu une influence indirecte. Les idées de fraternité, d’égalité, qu’il enseigne, ont fait leur œuvre… Les chrétiens et les prêtres chinois sont acquis aux idées républicaines… ; les curés indigènes… valent, en bien des cas, les Européens, et, c’est à leur activité que l’on doit surtout le développement du nombre des catholiques parmi la population indigène [1]. » Il ne faut pas s’étonner que les missionnaires aient accueilli avec sympathie la révolution et la République. Le nouveau régime a accordé la liberté des cultes et mis à la raison les mandarins qui étaient souvent hostiles aux missionnaires coupables de s’interposer entre eux et les victimes de leurs exactions. Sun-Yat-Sen est un protestant méthodiste, et nombreux sont les catholiques parmi les personnages qui ont.pris une part active à la révolution ; un catholique fait partie de

  1. A travers la Révolution chinoise, par B. Farjenel (Plon, un vol. in-16). Voyez aussi, sur cette période de l’histoire de la Chine : Edmond Rottach, la Chine en Révolution (Perrin, 1914, in-16) ; Jean Rodes, la Chine et le mouvement constitutionnel (Alcan, 1913, in-16).