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Un maître de la nouvelle en Allemagne – Paul Heyse


L’Allemagne s’est enorgueillie pendant la seconde moitié du siècle dernier de deux quatuors successifs de grands romanciers. Le premier comprenait Freytag, Auerbach, Keller et Fontane ; le second, Spielhagen, Raabe, Heyse et Wilbrandt. Les auteurs du premier groupe sont tous morts dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ceux du second auront tous vu l’aurore du XXe. Paul Heyse est mort le 1er avril dernier. Adolf Wilbrandt, le plus jeune, vit encore.

La renommée de Paul Heyse était la plus universelle. Ses meilleures nouvelles ont été traduites dans toutes les langues. Il a reçu le prix Nobel en 1910. Quand cet honneur lui fut décerné, une approbation presque générale salua son succès. Un enviable bonheur était réservé à la verte vieillesse de ce bon poète : celui de vieillir entouré d’un minimum d’ennemis.

Paul Heyse s’est essayé, disons plus justement qu’il a réussi dans tous les genres : la poésie lyrique et le théâtre, le roman, la nouvelle, la critique et même la traduction (il a excellemment rendu en vers allemands les vers italiens de Leopardi et de Ginsti). Mais entre tant de réussites, il y a lieu d’établir des degrés. Et si l’on voulait à tout prix adresser des critiques à Paul Heyse, on pourrait soutenir que ses romans sont un peu froids et que, si ses pièces de théâtre n’ont jamais attiré les